Rustem Umerov, un négociateur aguerri auprès du président Zelensky

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Le négociateur ukrainien Rustem Umerov, à Kiev, le 9 mai 2022.

Quand Rustem Umerov apparaît sur ­l’application Zoom, en tee-shirt noir, ­l’arrière-plan flouté, il vient tout juste de ­raccrocher avec un haut gradé de l’ONU. Ce 8 juillet, vers 22 heures, cela fait déjà trente-six heures que le député ukrainien, 40 ans, bataille avec les représentants de la Fédération de Russie. Il tente d’arracher un accord sur l’exportation des millions de tonnes de blé bloquées depuis des mois dans les ports du sud de l’Ukraine, au bord de la mer Noire. « Les échanges ont commencé il y a plusieurs semaines », explique le négociateur, en anglais.

Sont aussi en jeu l’échange de ­prisonniers de guerre et l’évacuation de milliers de civils ukrainiens, en danger de mort le long des 2 400 kilomètres de front militaire. Ces discussions sont en partie organisées par la Turquie, ainsi que par « trois ou quatre autres pays », précise-t-il, sans pouvoir donner plus de détails. Il a peu dormi ces deux derniers jours. Bouteille d’eau à la main, le parlementaire tente de camoufler toute trace de lassitude par de brefs sourires. Il décrit ses trajets en hélicoptère militaire, des séances de sport de plus en plus difficiles à organiser et son « combat ». De cette pièce anonyme, en Ukraine, il l’assure : « Je ne suis pas là pour le bla-bla. Je veux sauver le pays. »

Rendez-vous discrets et complexes

Pour la première fois depuis le début de la guerre, au palais de Dolmabahçe, à Istanbul, le 22 juillet, l’Ukraine et la Russie, sous l’égide de l’ONU, ont signé deux accords organisant des couloirs de navigation sécurisés pour exporter des produits agricoles. Une première victoire pour la délégation de huit personnes, mandatée par décret présidentiel quelques jours après le début de la guerre.

Aux côtés de l’ancien homme d’affaires dans les télécoms et député du parti d’opposition Holos, deux autres membres du Parlement ukrainien, les ministres de la défense et de la justice, un adjoint au ministre des affaires étrangères et deux proches du président Volodymyr Zelensky, dont le conseiller Mykhailo Podolyak. En avril 2022, un avocat international et un diplomate ont rejoint cette « dream team » également chargée des négociations de paix. Des pourparlers au point mort, depuis les « odieux massacres de Boutcha », en banlieue de Kiev, précise Rustem Umerov.

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Pour maintenir le dialogue, la délégation ­s’appuie sur des intermédiaires. « Il ne faut pas rater la moindre chance de communiquer avec la Russie », explique-t-il. L’oligarque russe Roman Abramovitch, ancien patron du club de football anglais de Chelsea, présent lors des tractations d’Istanbul, est le plus célèbre d’entre eux. Rustem Umerov, un des plus expérimentés de l’équipe, est généralement chargé de rencontrer ces personnalités, parmi lesquelles des activistes des droits humains, des hommes d’affaires ou des politiques.

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