REPORTAGE. En Autriche, une randonnée pour se souvenir de l’exode des Juifs après la Seconde Guerre mondiale

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Il est 7 heures du matin : les randonneurs s’élancent sur la route autrichienne qu’empruntèrent il y a 75 ans des milliers de rescapés juifs afin de gagner l’Italie, puis la Palestine. Régulièrement, le groupe s’arrête pour écouter les explications de l’historien Robert Obermair : “Pour des raisons politiques, cette route semblait, à l’époque la plus pratique mais elle était aussi l’une des plus difficiles à cause des conditions topographiques.”

Une randonnée mémorielle en Autriche pour se souvenir de l’exode des Juifs – Le reportage d’Isaure Hiace


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Un trajet éprouvant que Yehuda tenait à faire en hommage à ses propres parents. Persécutés pendant la guerre en raison de leur judéité, ils firent eux-mêmes ce long périple à l’été 1947. Entre 5 000 et 8 000 survivants de la Shoah ont quitté clandestinement l’Autriche et durent, pour cela, marcher plus de huit heures et traverser le col du Krimmler Tauern, haut de 2 600 m. “Ils n’avaient pas d’équipement, pas de chaussures adéquates, pas de nourriture non plus, raconte Yehuda. Ils étaient fatigués physiquement et émotionnellement.”

“Pour nous, aujourd’hui c’est bien sûr différent mais cela me donne une idée de ce qu’ils ont vécu et c’est très émouvant.”


Ce moment d’émotion, Yehuda le partage avec son petit-fils Matan : “C’est très important pour moi de comprendre ce que mes ancêtres ont ressenti il y a 75 ans. C’est vital de transmettre cela aux générations suivantes, donc pour moi aussi c’est très émouvant.”

Les randonneurs, partis d'Autriche, se rendent en Italie le col du Krimmler Tauern qui s'élève à 2 600 m, le 3 juillet 2022. (ISAURE HIACE / RADIO FRANCE)

Environ 250 personnes participent à cette randonnée organisée par l’association Alpine Peace Crossing. Le cortège compte également de nombreux Autrichiens dont Sabine. Bien qu’elle vive dans cette région, elle avait rarement entendu parler de cette histoire. “J’ai réalisé récemment que l’histoire de cette fuite était restée très longtemps méconnue en Autriche, explique Sabine. Certains devaient évidemment la connaître mais ils n’en ont pas parlé pour différentes raisons. Je voulais donc comprendre par moi-même, avoir une idée de ce que ces personnes ont dû endurer, elles qui avaient déjà subi tant de choses.” Getrude, autrichienne à la retraite, participe comme Sabine à cette marche pour la première fois. “En empruntant ce chemin, cela nous touche plus profondément que si on allait simplement sur internet pour apprendre cette histoire”, développe Getrude.

“C’est important afin que cette histoire ne soit jamais oubliée et que les guerres et la discorde cessent enfin.”

Getrude, Autrichienne

à franceinfo

Après 6 heures de marche, les randonneurs atteignent la frontière italienne à plus de 2 500 m d’altitude, l’heure de redescendre pour rentrer, en pensant à ces rescapés qui, eux, poursuivirent leur route jusqu’en Palestine.

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