Quelle était la religion des Slaves avant leur conversion au christianisme ?

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Les Slaves, peuple originaire d’Europe centrale et orientale, n’ont pas toujours été chrétiens. Mais le paganisme qui a précédé ce monothéisme nous est presque inconnu, en raison de leur « conversion sans appel », qui s’est étalée du VIIIe au XIIe siècle sous l’effet des Byzantins et des Latins, et qui a conduit à l’effacement « du moindre souvenir du paganisme antique », écrit Patrice Lajoye.

Ce chercheur au CNRS, qui s’était déjà intéressé à l’un des principaux dieux de ce panthéon dans son ouvrage Perun. Dieu slave de l’orage (Lingva, 2015), souligne que, « de ce fait, la religion slave païenne s’avère particulièrement difficile à appréhender ». Les sources sur le sujet s’avèrent lacunaires et souvent orientées. Les plus anciennes sont souvent chrétiennes, donc biaisées. Et, en langue russe, quelques livres traitant du folklore slave
ont été publiés depuis la fin de l’URSS, mais ils se révèlent scientifiquement contestés.

Ce trou noir historique s’observe aussi dans la recherche : en français, le seul ouvrage général d’ampleur sur le sujet date… de 1901 ! Avec Mythologie et religion des Slaves païens (Les Belles Lettres, 208 p., 23 €), Patrice Lajoye entend donc ramasser les travaux rares et épars – dont de récentes découvertes archéologiques – en un livre de synthèse. L’occasion de se plonger dans cette culture méconnue, qui a émergé au sein de la matrice indo-européenne.

1. Une cosmogonie : au commencement était un géant

Dans le paganisme slave, le récit de création du monde semble puiser dans un mythe indo-européen dont il existe de nombreuses variantes, observées de la Scandinavie à l’Inde. Selon cette légende, le monde a été créé à partir des fragments du corps d’un géant tué par les dieux puis découpé.

« Ses cheveux donnent alors la végétation, son sang, les eaux, ses os, les pierres », détaille Patrice Lajoye, qui mentionne également une légende russe sophistiquant cette origine. Celle-ci rapporte le dialogue d’un vieillard et de son petit-fils donnés comme ancêtres de l’humanité et mentionne la construction d’un palais en os, ce qui offrirait la « trace d’un récit de démembrement d’un géant cosmique ».

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Ce mythe du géant cosmique coexiste chez les Slaves avec un autre motif mythique lui aussi répandu, celui du « plongeon cosmogonique »  : ce récit dualiste met en scène le réveil d’un premier personnage qui va en envoyer un deuxième « au fond des eaux primordiales y chercher de quoi fabriquer la terre ».

2. L’origine des hommes : nés de la sudation divine

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