Première grève de l’histoire d’Amazon au Royaume-Uni, à l’entrepôt de Coventry

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Un morceau de l’histoire syndicale britannique s’est écrit, dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 janvier, dans le froid et devant une simple poignée de salariés. Peu après 00 h 00, les premiers grévistes d’un entrepôt Amazon de Coventry, dans le centre de l’Angleterre, sont sortis des barrières entourant les lieux et ont rejoint quelques syndicalistes qui les attendaient. Pour la première fois au Royaume-Uni, le géant américain de la vente en ligne a connu une grève, qui s’est étirée toute la journée de mercredi.

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La direction d’Amazon minimise la portée de l’événement. Il y aura « zéro impact » pour les clients, le centre de Coventry fonctionnait « normalement » mercredi, et seule « une fraction de 1 % de nos salariés au Royaume-Uni [75 000 au total] ont voté pour la grève ». Cette ligne de défense revient pourtant à ignorer les importants barrages que les syndicalistes britanniques ont réussi à faire tomber.

« Cela fait dix ans qu’on essaie de s’organiser autour d’Amazon », souligne Amanda Gearing, du syndicat GMB, qui est derrière cette grève. Elle a longtemps passé d’infructueuses journées à distribuer des prospectus sur les parkings des entrepôts de la firme américaine. Elle a aussi repéré les bus que les salariés utilisaient pour aller travailler, et les prenait pour tenter de les approcher. En vain.

Différend sur les salaires

D’un côté, la direction d’Amazon ne voulait pas entendre parler d’une reconnaissance des syndicats. De l’autre, les salariés étaient eux-mêmes très réticents. « Dans l’entrepôt, on parle une quarantaine de langues différentes, et beaucoup se méfient des syndicats. Pour eux, ça rime souvent avec mafias », explique Darren Westwood, l’un des très rares employés à oser parler à visage découvert.

Lui a 57 ans et a connu la période lointaine des « closed shops », ces entreprises où chaque nouveau salarié était obligé de devenir membre du syndicat de l’entreprise. Son attitude était donc différente, mais même lui ne s’intéressait guère à cette histoire. « Honnêtement, en sortant de l’entrepôt, je contournais avec ma voiture les syndicalistes qui essayaient de m’approcher », confie-t-il.

Tout a changé en août 2022. Pendant la pandémie de Covid-19, les salariés d’Amazon avaient fait face à une recrudescence de travail. Dans les entrepôts, la colère montait sur les conditions de travail et les protections sanitaires jugées insuffisantes. Mais l’espoir était d’obtenir une forte augmentation de salaire. Les employés, dont la rémunération est de 10,50 livres (12 euros) de l’heure, espéraient une forte hausse. « La rumeur circulait qu’on passerait à 12 livres de l’heure », dit M. Westwood.

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