Poutine juge que l’Occident a ignoré les préoccupations russes, Washington appelle à la « désescalade immédiate »

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Vladimir Poutine a jugé « clair » mardi 1er février que les Etats-Unis et l’OTAN ont choisi d’ignorer « les préoccupations » de la Russie pour sa sécurité, au regard du rejet des exigences russes par la partie américaine dans le cadre de leur face-à-face sur l’Ukraine.

Le président russe, qui s’exprimait après une rencontre avec le premier ministre hongrois Viktor Orban, a dressé la liste des principales revendications russes : la fin de la politique d’élargissement de l’OTAN, l’engagement de ne pas déployer d’armes offensives à proximité des frontières russes et le retrait des positions militaires de l’Alliance sur les frontières de 1997, c’est-à-dire avant que l’organisation n’accueille d’ex-membres du bloc soviétique.

« Ignorant nos inquiétudes, les Etats-Unis et l’OTAN pointent le droit de chaque Etat à choisir librement comment il veut garantir sa sécurité », a relevé M. Poutine, martelant cependant qu’un autre principe prévoit que « personne ne doit renforcer sa sécurité aux dépens des autres ».

« J’espère que nous trouverons finalement une solution, même si ce n’est pas facile », a-t-il encore dit, après avoir estimé que « le principal objectif des Etats-Unis est l’endiguement de la Russie, (…) l’Ukraine est un instrument pour nous entraîner dans un conflit armé, et nous frapper des sanctions les plus dures ».

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Aucune indication d’« un changement dans les prochains jours »

Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken (à gauche), et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov (à droite), doivent s’entretenir, mardi, au téléphone.

M. Poutine ne s’était pas exprimé sur le fond des efforts diplomatiques sur la crise russo-occidentale autour de l’Ukraine depuis plusieurs semaines. De leur côté, Antony Blinken et Sergueï Lavrov, les chefs de la diplomatie américain et russe, ont échangé au téléphone dans la journée.

M. Blinken a « exhorté la Russie à une désescalade immédiate et au retrait des troupes et de l’équipement à la frontière de l’Ukraine », a déclaré le département d’Etat américain après l’appel téléphonique avec M. Lavrov. Il a aussi « exhorté la Russie à emprunter la voie diplomatique » plutôt que le conflit.

« Le secrétaire d’Etat a souligné la volonté des Etats-Unis, de manière bilatérale et avec nos alliés et partenaires, de poursuivre un échange substantiel avec la Russie sur les inquiétudes de sécurité mutuelles. Il a souligné qu’une nouvelle invasion de l’Ukraine engendrerait des conséquences rapides et sévères. »

Un responsable américain a ensuite reconnu que M. Lavrov n’avait fourni « aucune indication » d’un « changement dans les prochains jours » à la frontière russo-ukrainienne, où les Occidentaux accusent Moscou d’avoir massé plus de 100 000 soldats en vue d’une possible invasion du pays voisin. Le chef de la diplomatie russe a de son côté affirmé que son homologue américain avait reconnu qu’il y avait des raisons de discuter des inquiétudes de la Russie pour sa sécurité.

Soutien diplomatique et militaire occidental

Cette conversation est la première entre les deux puissances rivales depuis que les Etats-Unis et l’OTAN ont remis la semaine dernière à Moscou leur réponse écrite aux exigences formulées, également par écrit, mi-décembre par le Kremlin. La Russie réclamait notamment la garantie juridique que l’Ukraine et d’autres pays à ses portes n’entreraient jamais dans l’Alliance atlantique.

Les Etats-Unis accusent la Russie de préparer l’invasion de l’Ukraine, pays déjà déchiré par une guerre civile dans l’est entre les forces de Kiev et des séparatistes prorusses appuyés par Moscou. Pour dissuader Moscou de toute agression, les Occidentaux ont accéléré leurs préparatifs de sanctions économiques. Les Etats-Unis comme le Royaume-Uni, qui est l’un des terrains d’investissement favoris des grandes fortunes russes, ont ainsi affirmé, lundi, vouloir frapper au portefeuille des proches du Kremlin.

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Du côté de Londres, les oligarques russes sont menacés de voir leurs avoirs gelés et leur entrée sur le territoire britannique refusée. Les entreprises ou les individus au Royaume-Uni pourraient également ne plus pouvoir effectuer de transactions avec eux.

Les premiers ministres britannique, Boris Johnson, et polonais, Mateusz Morawiecki, étaient, par ailleurs, attendus mardi à Kiev pour afficher leur solidarité. D’autres responsables européens sont annoncés dans les jours à venir.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est réjoui, mardi, de ce soutien diplomatique et militaire occidental face à Moscou, « le plus important », selon lui, depuis 2014, année de la dernière offensive russe contre son pays. Selon l’Ukraine, la menace russe est évidente, mais elle la juge moins imminente que les Américains, si bien que M. Zelensky a demandé à ses alliés de ne pas déstabiliser le pays en semant la « panique ».

« Créer l’hystérie »

Cet échange téléphonique est intervenu au lendemain de vifs débats au Conseil de sécurité de l’ONU. Lors de cette réunion, l’ambassadeur russe, Vassily Nebenzia, a accusé Washington de chercher à « créer l’hystérie » et à « tromper la communauté internationale » avec ses « accusations infondées ».

Son homologue américaine, Linda Thomas-Greenfield, a estimé de son côté que le déploiement de plus de 100 000 militaires russes autour de l’Ukraine menaçait « la sécurité internationale ». Assurant détenir des « preuves », elle a accusé Moscou de vouloir déployer début février plus de 30 000 militaires supplémentaires en Biélorussie, alliée du Kremlin et voisine de l’Ukraine. Les Etats-Unis ont ordonné, dans ce contexte, aux familles des employés du gouvernement américain en poste en Biélorussie de partir.

Sur le front militaire, les mouvements se poursuivent également. Plusieurs pays occidentaux ont annoncé, ces derniers jours, l’envoi de nouveaux contingents en Europe orientale. Enfin, l’Ukraine a affirmé, mardi, avoir reçu environ 500 tonnes de munitions et d’équipements militaires des Etats-Unis.

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Le Monde avec AFP et Reuters

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