où en est le conflit six mois après le début de l’invasion russe ?

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LE POINT SUR LA SITUATION – Au 180e jour de l’invasion russe, la routine de la guerre s’est installée. À Kherson, l’armée ukrainienne se prépare toujours à une contre-offensive.

Il y a 180 jours, le 24 février, Vladimir Poutine annonçait une «opération militaire spéciale» pour «dénazifier» l’Ukraine. Six mois plus tard, la guerre perdure et les positions s’enlisent. Même sur le front de Kherson, dans le Sud, que l’armée ukrainienne veut reprendre aux Russes, la routine s’est installée. Interrogé sur ses espoirs pour l’avenir durant une visite à Odessa vendredi, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, l’air grave, a évoqué «une situation très difficile, où les perspectives de paix ne sont pas évidentes».

Le Figaro fait le point sur le conflit entre la Russie et l’Ukraine, au 180e jour de guerre.

À Kherson, la guerre s’enlise

Voilà plus d’un mois que l’état-major ukrainien promet une «contre-offensive» dans la région de Kherson. Dans le Times, le ministre ukrainien de la Défense annonçait fin juillet la mobilisation imminente «d’un million d’hommes» pour reprendre cette zone au sud de l’Ukraine, l’une des premières à tomber sous contrôle russe, début mars.

La ministre de la Réintégration des territoires temporairement occupés promettait elle aussi une «grande bataille» imminente, alors que le contrôle de Kherson permet à Moscou de former un corridor jusqu’à la péninsule de Crimée, annexée en 2014. Maintes fois annoncée, cette grande contre-offensive peine pourtant à se concrétiser. Le ministre de la Défense a lui-même rectifié par la suite : «Disons qu’il y a eu une forme de malentendu. Pardonnez mon anglais, ce n’est pas ma langue natale.» En réalité, l’offensive ukrainienne relève plutôt de la stratégie des petits pas.

Guerre de sabotage en Crimée

En Crimée, région jusqu’alors épargnée par la guerre mais d’où décollent la plupart des avions russes pilonnant l’Ukraine, un phénomène inquiète Moscou. Plusieurs séries d’explosions ont ravagé des dépôts de munitions, menant l’armée russe à dénoncer un «acte de sabotage», sans pour autant désigner de responsable. «Des infrastructures civiles, parmi lesquelles une ligne à haute tension, une centrale électrique, une voie ferroviaire, ainsi que plusieurs maisons ont également été endommagées», a détaillé l’armée russe lors d’un incendie ayant déclenché une explosion le 16 août.

Selon un responsable ukrainien cité par le New York Times , les saboteurs appartiendraient à une unité militaire d’élite ukrainienne opérant derrière les lignes ennemies.

Dans le Donbass, l’ordre d’évacuer reste lettre morte

Dans l’est de l’Ukraine, les oblasts de Donetsk et Lougansk, reconnus indépendants par Moscou dès le 24 février, sont presque entièrement sous giron russe. Le 3 juillet, les forces russes ont affirmé contrôler la région de Lougansk après avoir fait sauter le double verrou de Sieverodonetsk et Lyssytchansk. Elles s’attachent désormais à conquérir la province de Donetsk, pour occuper l’intégralité du Donbass. Dans les villes passées sous son contrôle, Moscou mène une politique de russification avec notamment l’introduction du rouble et l’émission de passeports russes. Sont aussi prévus des référendums pour formaliser l’annexion à la Russie.

Dans la région de Donetsk, quelques sections tentent de tenir la ligne de front, notamment à Bakhmout, sous pilonnage russe incessant. Signe d’une situation critique, Volodymyr Zelensky a appelé le 30 juillet les civils de la région sous contrôle des forces armées ukrainiennes à évacuer la zone. Mais cet ordre est resté lettre morte, malgré les mises en garde du gouvernement alertant d’un hiver sans chauffage, après la destruction des gazoducs. La ville de Bakhmout n’a plus de gaz depuis bien longtemps, et la plupart des quartiers n’ont désormais plus ni eau ni électricité.

Une guerre aussi sur le front économique

Les combats en Ukraine bouleversent l’équilibre économique de la région. D’abord dans le secteur de l’énergie, alors que les Occidentaux accusent la Russie de se servir de l’arme énergétique en représailles aux sanctions qui la visent. Gazprom a aussi interrompu ses livraisons à plusieurs clients européens qui ont refusé de payer en roubles. Les exportations de gaz russe, cruciales pour l’Europe, sont en baisse constante, notamment en Allemagne et en Italie.

Du côté des céréales, le blocus maritime imposé par la Russie en mer Noire empêche l’Ukraine d’exporter les quelque 20 millions de tonnes entreposées dans ses silos. Depuis l’accord conclu le 22 juillet sous l’égide de l’ONU et grâce à la médiation turque, un premier cargo chargé de 26.000 tonnes de maïs a pu quitter le port ukrainien d’Odessa, et le trafic repart lentement, mais la situation reste fragile, et les cargos exposés au risque des mines.

Zelensky met en garde contre le risque accru de «cruelles» provocations russes

Alors que l’Ukraine fêtera le 24 août son indépendance de l’URSS, la Russie pourrait «faire quelque chose de particulièrement dégoûtant» et «cruel» la semaine prochaine en Ukraine, a averti samedi soir le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans son adresse traditionnelle. «Un des objectifs clefs de l’ennemi est de nous humilier», de «semer l’abattement, la peur et des conflits», mais «nous devons être suffisamment forts pour résister à toute provocation» et «faire payer les occupants pour leur terreur», a-t-il ajouté.

Un conseiller de la présidence, Mykhaïlo Podoliak, a estimé que la Russie pourrait intensifier ses bombardements de villes ukrainiennes pendant les 23 et 24 août. «La Russie est un État archaïque qui lie ses actions à certaines dates, c’est une sorte d’obsession. Ils nous détestent et tenteront d’augmenter (…) le nombre de bombardements de nos villes dont Kiev avec des missiles de croisière», a-t-il déclaré selon l’agence Interfax-Ukraine.

Biden, Macron, Scholz et Johnson appellent à la «retenue» à la centrale nucléaire de Zaporijjia

Les présidents Joe Biden et Emmanuel Macron ainsi que le chancelier Olaf Scholz et le premier ministre Boris Johnson se sont entretenus au téléphone dimanche, convenant «que le soutien à l’Ukraine dans sa défense contre l’agression russe serait maintenu».

Les quatre dirigeants ont notamment appelé les deux belligérants à la «retenue» alors que la recrudescence des combats autour de la centrale nucléaire de Zaporijia, au sud de l’Ukraine, a fait resurgir le spectre d’une catastrophe pire que celle de Tchernobyl. Moscou et Kiev se rejettent mutuellement la responsabilité des attaques.

Lors de leurs entretiens dimanche, ils ont aussi demandé l’envoi «rapide» sur place d’une mission des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), selon un communiqué commun. Vendredi, les présidences française et russe ont affirmé que Vladimir Poutine et Emmanuel Macron avaient convenu que des inspecteurs de l’AIEA effectuent une visite d’inspection à la centrale.

Un haut responsable du service de sécurité retrouvé mort chez lui

Tard samedi soir, l’épouse d’Oleksandre Nakonetchny, chef d’une antenne régionale du service de sécurité ukrainien (SBU), a entendu le son d’un tir dans leur appartement à Kropyvnytsky, dans le centre de l’Ukraine, avant de découvrir le corps de son mari atteint par balle. La police a ouvert une enquête pour établir la cause de son décès, a annoncé le parquet sur Telegram.

En juillet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait annoncé une «révision des cadres» au sein du SBU, dont plusieurs hauts responsables ont été limogés ces derniers mois.

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