on vous explique les tensions entre la Russie et la Lituanie autour de l’enclave de Kaliningrad

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C’est un petit bout de Russie au bord de la mer Baltique, coincé entre la Pologne et la Lituanie, coupé du reste du territoire national. L’enclave russe de Kaliningrad, qui compte près d’un million d’habitants, est devenue depuis quelques jours l’épicentre d’une crise diplomatique entre la Russie et la Lituanie. Une conséquence directe des sanctions infligées par les Européens à l’économie russe, en représailles à la guerre en Ukraine. Explications.

Les marchandises transitant par la Lituanie soumises à restriction

La Lituanie a imposé, mi-juin, des restrictions sur certaines marchandises transportées par voie ferrée du reste de la Russie vers l’enclave de Kaliningrad et transitant par son territoire. Les produits concernés sont ceux visés par des sanctions européennes, notamment les métaux, le ciment, l’alcool, les engrais ou les produits technologiques. Une liste qui doit être élargie au charbon et au pétrole.

Le gouverneur de l’oblast (région) de Kaliningrad, Anton Alikhanov, a dénoncé un “blocus”. Il a estimé que 40 à 50% des approvisionnements de l’enclave via la Lituanie pourraient être affectés. Pour Moscou, ces restrictions violent un accord datant de 2002, conclu entre la Russie et l’Union européenne lorsque la Lituanie, ex-république soviétique, a rejoint l’UE. Il a annoncé lundi que les marchandises ne pouvant plus être acheminées par voie ferrée commenceraient à l’être par la mer “d’ici une semaine”.

Moscou menace Vilnius de représailles

Lors d’un déplacement lourd de symbole, Nikolaï Patrouchev, secrétaire du puissant Conseil de sécurité russe, s’est rendu à Kaliningrad, mardi. “La Russie, bien sûr, réagira à de tels actes hostiles, a-t-il averti, cité par les agences de presse russes. Des mesures appropriées sont en train d’être élaborées au niveau interministériel et seront adoptées prochainement.” Et de prévenir que ces représailles “auront de sérieuses conséquences négatives pour la population de la Lituanie”.

En réaction à ces restrictions, le chef de la délégation de l’UE en Russie, Markus Ederer, a également été convoqué mardi au ministère des Affaires étrangères à Moscou. Le chargé d’affaires lituanien à Moscou a, de son côté, été convoqué au ministère russe des Affaires étrangères. Dans un communiqué, la diplomatie russe a accusé l’Union européenne d’encourager une “escalade” et a exigé le rétablissement immédiat du transit vers Kaliningrad. 

Soutenue par l’UE, la Lituanie se défend

Les relations entre la Russie et la Lituanie (ainsi qu’avec les deux autres pays baltes) sont délicates depuis plusieurs années. La Lituanie a été la première république soviétique à déclarer son indépendance en 1990. Et comme la Lettonie et l’Estonie, elle est aujourd’hui membre de l’Otan et de l’UE depuis les années 2000. Mais cet épisode tend un peu plus encore la situation.

En réponse aux accusations russes de mesures “hostiles”, les autorités lituaniennes ont précisé que leurs restrictions n’étaient que l’application des décisions européennes envers Moscou. “Le transport vers et depuis Kaliningrad n’est pas stoppé. Les trains de passagers continuent de circuler, ainsi que le transport de marchandises non visées par les sanctions”, a détaillé Lina Laurinaityte-Grigiene, porte-parole du service des douanes lituaniennes.

“Ce n’est pas la Lituanie qui fait quoi que ce soit, ce sont les sanctions européennes qui ont commencé à fonctionner à partir du 17 juin.”

Gabrielius Landsbergis, chef de la diplomatie lituanienne

lors d’une prise de parole au cours d’un déplacement au Luxembourg

La Lituanie n’a introduit aucune mesure unilatérale, individuelle ou complémentaire pour le transit, a poursuivi dans un communiqué le ministre lituanien des Affaires étrangères. Le pays met en œuvre les différentes sanctions de l’UE qui prévoient toutes des périodes transitoires et ont des délais différents de mise en application.”

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a confirmé ces dires. “Le transit par voie terrestre entre la Russie et Kaliningrad n’a pas été stoppé ni interdit. Le transit des passagers et des marchandises se poursuit. Il n’y a pas de blocus”, a-t-il souligné, à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Luxembourg. Kiev a aussi apporté son soutien à Vilnius. “La Russie n’a pas le droit de menacer la Lituanie”, a déclaré le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, sur Twitter.

Un territoire russe stratégique très militarisé

Ce qui est aujourd’hui l’oblast de Kaliningrad (autrefois nommé Königsberg) a été pendant des siècles une partie de la Prusse, puis de l’Allemagne. Il a été conquis par l’Union soviétique sur l’Allemagne nazie en 1945. Depuis la fin de l’URSS et l’indépendance des Etats baltes au début des années 1990, l’enclave de 15 000 km2 (soit l’équivalent de deux départements français) est coupée du reste de la Russie. Mais elle est restée pour elle un atout stratégique important, à la fois économique et militaire. L’enclave dispose notamment de deux ports libres de glace – Kaliningrad et Baltiïsk  et de connections routières et ferroviaires pour commercer avec ses voisins. Kaliningrad est surtout un avant-poste militaire russe en Europe : une zone isolée particulièrement stratégique dans un contexte de tensions accrues entre Moscou et les pays occidentaux à cause de la guerre en Ukraine.

Le territoire a une importante tradition militaire. Il a ainsi servi de bastion défensif pendant la guerre froide. Face à l’expansion de l’Otan, Moscou y a musclé sa présence militaire, y organisant notamment d’importantes manœuvres. Les dernières en date, entre les 9 et 19 juin, ont mobilisé 10 000 militaires et une soixantaine de bateaux, selon l’agence Interfax. Kaliningrad héberge d’ailleurs le quartier général de la flotte russe de la mer Baltique. Ces dernières années, des missiles capables de transporter des ogives nucléaires et des systèmes de défense anti-aérienne y ont été installés. En février, la Russie y a aussi déployé des missiles hypersoniques, juste avant l’entrée de ses troupes en Ukraine.

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