Oleg Sentsov, le cinéaste-soldat qui abat les hélicoptères russes

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Serein, déterminé, Oleg Sentsov se transforme, au fil de la guerre, en véritable soldat. Ces jours-ci, il patrouille dans la « zone grise », comme il l’appelle, des régions de Bakhmout et de Lyssytchansk, au sein d’une unité dont la mission est d’abattre des hélicoptères ennemis. « Ils volent à très basse altitude. Alors, lorsqu’un hélicoptère apparaît au-dessus des arbres, raconte Sentsov, nous n’avons que deux, trois secondes maximum pour tirer une roquette. »

Oleg Sentsov, le cinéaste ukrainien qui fut une icône de la « révolution de la dignité » de Maïdan puis, durant cinq ans, l’un des prisonniers politiques les plus célèbres de la Russie de Vladimir Poutine, Prix Sakharov 2018, s’est engagé dès le 24 février dans la défense territoriale, cette armée de volontaires qui ont rejoint les forces ukrainiennes face à l’agression de la Russie. Retrouvé par Le Monde, au bout de deux semaines de conflit, près d’un checkpoint de la région de Kiev, l’artiste mondialement renommé donne cette fois, après quatre mois de guerre, rendez-vous à Kramatorsk, dans la province de Donetsk. Sentsov a quitté la défense territoriale, « trop ennuyeuse à [son] goût », pour rejoindre les forces spéciales.

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Dès les premiers jours de guerre, le cinéaste et activiste ukrainien originaire de Crimée avait manifesté des signes d’impatience pour aller au combat. Après une semaine à tenir un checkpoint, Sentsov, 45 ans, pourtant sans expérience militaire antérieure, était devenu commandant adjoint de l’unité commandée par le colonel Arkadich, et avait intégré un groupe mobile de la défense territoriale qui parcourait la première ligne de front autour de Kiev, alors cible prioritaire d’une armée russe qui échoua finalement à conquérir la capitale ukrainienne.

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« Maximum de spécialités »

Oleg Sentsov sillonne désormais les premières lignes du Donbass avec des missiles Stinger. Son unité de forces spéciales parcourt des fronts pilonnés sans répit et s’infiltre parfois dans le no man’s land entre lignes ukrainiennes et russes pour effectuer des missions de reconnaissance et tenter de « piéger un hélicoptère ». L’artiste prend la guerre très au sérieux : il revient d’ailleurs d’un stage de formation, dans l’ouest du pays, au tir de lance-roquettes antichars Stugna et Javelin. « A la guerre, pour être utile, constate-t-il, il faut acquérir un maximum de spécialités. »

Comme beaucoup de combattants ukrainiens rencontrés depuis l’invasion du 24 février, et de manière unanime depuis la fin de la bataille de Kiev et le premier échec militaire russe, Oleg Sentsov s’inscrit dans une logique de guerre longue. « La seule question est “To be or not to be” [Etre ou ne pas être]. C’est une guerre pour la survie de l’Ukraine », disait-il en mars. « Je déteste les prédictions, mais je pense qu’il va falloir au moins deux à trois ans pour libérer tous les territoires ukrainiens », commente-t-il aujourd’hui à Kramatorsk.

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