Nétanyahou plus proche de Poutine que de Biden

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La position dominante des Etats-Unis au Moyen-Orient a, durant des décennies, reposé sur deux piliers : d’une part, l’alliance indéfectible avec Israël, en dépit de crises passagères ; d’autre part, la garantie saoudienne sur le marché des hydrocarbures, initialement par un approvisionnement en pétrole bon marché, aujourd’hui par le contrôle des cours du baril de brut. C’est pour tourner la page de la débâcle afghane de l’été 2021 que Joe Biden a, en juillet dernier, visité Israël et l’Arabie saoudite, dans une tentative de réaffirmer la solidité des deux piliers de la politique moyen-orientale de son pays. La réhabilitation ainsi offerte au prince Mohammed Ben Salman n’a pourtant pas suffi à rétablir le partenariat américano-saoudien en matière pétrolière : le dirigeant de fait du royaume wahhabite n’a pas seulement refusé d’ouvrir les vannes de sa production d’hydrocarbures, il a pactisé avec Vladimir Poutine afin de maintenir au plus haut les cours du pétrole. Comme si ce camouflet ne suffisait pas, Joe Biden doit désormais, en Israël, composer avec Benyamin Nétanyahou, dont le retour à la tête du gouvernement ne peut qu’enchanter le Kremlin.

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Une relation houleuse

Biden, dont la première visite en Israël remonte à 1973, a beau se présenter comme un « sioniste » convaincu, affirmer que, « si Israël n’existait pas, il faudrait l’inventer », ses relations avec Nétanyahou n’ont jamais été sereines. Devenu en janvier 2009 vice-président de Barack Obama, il s’engage à ses côtés pour obtenir du Premier ministre Nétanyahou un moratoire de dix mois sur la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés. C’est dans ce contexte qu’il visite Israël en mars 2010, se heurtant dès son arrivée à l’annonce par Nétanyahou de la construction de 1 600 nouveaux logements dans la partie orientale et occupée de Jérusalem. Un éditorialiste israélien dénonce alors « un crachat au visage de Biden », le ministre israélien de la Défense suggérant même de « présenter nos excuses pour cette grave bourde ». Mais Nétanyahou campe sur ses positions. Après la victoire de l’aile dure des républicains aux élections de mi-mandat de novembre 2010, il ira jusqu’à jouer avec constance le Congrès contre la Maison Blanche.

Jamais la confiance ne sera restaurée entre Biden et Nétanyahou, lequel mène une véritable campagne, aux Etats-Unis même, contre les négociations lancées par Obama sur le nucléaire iranien. Le Premier ministre israélien intervient en termes virulents devant les deux chambres du Congrès réunies à cette occasion, en mars 2015, sans parvenir à empêcher, quatre mois plus tard, le ralliement américain à l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien. C’est dire combien Nétanyahou se réjouit de l’accession à la Maison Blanche, en janvier 2017, de Donald Trump. Celui-ci multiplie les gestes en faveur du Premier ministre israélien : dénonciation de l’accord sur le nucléaire iranien, en mai 2018, suivi, peu après, du déplacement de l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem ; reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le territoire syrien occupé du Golan, en mars 2019 ; ou encore les accords d’Abraham de normalisation entre Israël et quatre Etats arabes, sans mention de la question palestinienne, de septembre à décembre 2020. Malgré l’engagement de Nétanyahou en faveur de la réélection de Trump, c’est Biden qui entre à la Maison Blanche en janvier 2021. L’actuel président américain croit, à tort, s’être enfin débarrassé de Nétanyahou, qui quitte la présidence du gouvernement israélien, en juin 2021, mais il semble assuré d’y revenir, après les récentes élections.

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