Municipales à Los Angeles : une campagne marquée par les tensions raciales entre Noirs et Hispaniques

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A qui profite la fuite ? Bien malin qui peut le dire. Mais la divulgation de la conversation, à un mois de l’élection municipale à Los Angeles, a été un coup de maître. « Un tremblement de terre, juge l’urbaniste Aaron Paley. Suivi d’un tsunami. » Le séisme a pris la forme d’un enregistrement diffusé, d’abord anonymement, sur le site communautaire Reddit, puis sur celui du Los Angeles Times, le 9 octobre. On y entend quatre responsables latino-américains bien connus dans la ville, tous démocrates, tenir des propos racistes à l’encontre de leurs collègues du conseil municipal et discuter des différentes manières d’y limiter le pouvoir des Noirs.

Dans une ville aussi aguerrie que L.A., personne n’était assez naïf pour ignorer « la hideuse vérité de l’existence d’un racisme anti-Noirs chez certains Latinos », note le Los Angeles Times. Mais, venant d’élus progressistes, la conversation a fait l’effet d’un coup de poignard. Une « trahison », se désole Marsha Mitchell, de la Community Coalition, une association d’aide sociale des quartiers sud de Los Angeles, où Noirs et Latino-Américains essaient de travailler ensemble depuis trente ans. Et une insulte à l’esprit d’une ville – à 48 % hispanique – qui s’imagine à l’avant-garde de ce que seront un jour les Etats-Unis : une démocratie multiethnique où les Blancs ne sont plus majoritaires. Dans le reste du pays, certains intellectuels ont surtout vu dans l’affaire la confirmation de leurs thèses sur les dangers de la « politique de l’identité » pratiquée par la gauche. « Voilà ce qui arrive quand la race prend le pas sur tout le reste », a mis en garde le chroniqueur du New York Times David Brooks.

Protection des élus

Un mois après le « séisme », le conseil municipal de la deuxième ville des Etats-Unis ne s’est pas encore relevé. A chaque réunion, la police en tenue antiémeute est déployée pour protéger les élus des manifestants qui réclament des réformes. Fébriles, les milieux politiques se demandent quel va être l’impact du scandale sur l’élection pour la mairie, qui se tient ce 8 novembre, en même temps que les élections de mi-mandat.

La course oppose Karen Bass, 69 ans, une ancienne assistante médicale noire qui a fait ses classes dans le Parti démocrate et représente la Californie à la Chambre depuis 2011, à Rick Caruso, 63 ans, un milliardaire d’origine italienne, républicain jusqu’en 2019. Elue, Karen Bass serait la première femme maire de Los Angeles. Effet du scandale ? L’entrepreneur en bâtiment, qui était largement devancé, a rattrapé son retard. Karen Bass a dû faire appel aux barons du parti, de Bernie Sanders au président Joe Biden. La vice-présidente, Kamala Harris, était attendue pour un rassemblement de mobilisation des jeunes lundi 7 novembre à Los Angeles.

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