Midterms 2022 : le Texas, un Etat clé hors de portée des démocrates

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Les démocrates en rêvent : remporter une élection majeure dans l’Etat du Texas, ce qui n’est pas arrivé depuis 1990, quand Ann Richards avait été élue gouverneure. Difficile d’imaginer, comme le rappelle le site spécialisé dans le suivi des élections aux Etats-Unis 270 to win, que, entre 1872 et 1976, le Lone Star State s’est régulièrement prononcé pour des candidats du parti à l’âne. A partir des années 1980, le Texas est en effet devenu une place forte du Grand Old Party (GOP), le rival républicain.

Dans leur analyse de l’élection présidentielle de 2020, publiée en février 2021, les démocrates du Texas estimaient pourtant que la majorité des électeurs de l’Etat soutient leur parti (51 %), « mais que les républicains sont plus susceptibles de voter ». Et ceux-là d’insister : pour surmonter ce handicap, il faudra à l’avenir être plus actif sur le terrain.

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Un troisième essai pour Beto O’Rourke, l’espoir démocrate

Beto O'Rourke, candidat au poste de gouverneur du Texas, en campagne à San Benito, au Texas, le 1er novembre 2022.

Investir le terrain : voilà une recommandation que Beto O’Rourke a bien entendue, et il ne ménage pas sa peine. A l’occasion des élections de mi-mandat – les midterms –, il brigue le poste de gouverneur du Texas, face au sortant, le républicain Greg Abbott.

Le démocrate n’en est pas à son galop d’essai. En 2018, alors élu d’El Paso à la Chambre des représentants, il défie dans les urnes l’ultraconservateur Ted Cruz pour un siège au Sénat. Photos d’Annie Leibovitz dans le magazine Vanity Fair, défense du joueur de football américain Colin Kaepernick, mis au ban de son sport pour avoir dénoncé les violences policières à l’encontre des Afro-Américains… Beto O’Rourke sort le grand jeu, suscitant l’enthousiasme par-delà les frontières du Lone Star State. Il échouera de peu. Une défaite honorable qui lui permet de garder intactes ses ambitions pour la suite.

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En mars 2019, il annonce sa candidature à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020. Avant d’abandonner en novembre de la même année : sa campagne ne décollant pas dans les sondages, il peine à rassembler des fonds.

Trois ans plus tard, il vise cette fois le poste de gouverneur du Texas, avec un programme axé sur la défense des valeurs de l’Amérique libérale : droit à l’avortement et, surtout, contrôle des armes à feu. En mai, après la tuerie survenue dans une école primaire de l’Etat, à Uvalde (vingt et un morts, dont dix-neuf élèves et deux enseignantes), il avait interrompu la conférence de presse du gouverneur républicain pour lui reprocher son inaction : « Vous dites que cela n’était pas prévisible, c’était complètement prévisible à partir du moment où vous avez décidé de ne rien faire. » Beto O’Rourke a fait de cette lutte un de ses grands marqueurs politiques depuis la fusillade commise par un tireur d’extrême droite dans un supermarché de sa ville natale, El Paso (vingt-trois morts), en 2019.

La participation, un enjeu majeur

Depuis des années, les démocrates cherchent à percer dans l’Etat le plus peuplé du pays après la Californie, et donc, l’un des plus grands pourvoyeurs de grands électeurs à la présidentielle (trente-huit en 2022, quarante 2024). Mais il faut réussir à mobiliser au-delà des zones urbaines où Joe Biden a devancé Donald Trump en 2020.

Dans son programme de campagne, Beto O’Rourke l’explique : « Le Texas n’est pas un “Etat rouge” [la couleur du parti républicain], c’est un Etat où les gens ne votent pas. » Il ajoute que « la clé pour gagner cette élection est d’augmenter la participation des électeurs. Faire en sorte que les gens quittent les bancs de touche et participent au jeu. »

En 2018, le taux de participation aux midterms au Texas a été de 46,3 %, soit 18 points de plus qu’en 2014, où la participation n’était que de 28,3 %. Ainsi, pour le Sénat, Ted Cruz s’est imposé (50,89 %) face à Beto O’Rourke (48,33 %), soit 4,26 millions de voix pour le premier, 4,04 millions pour le second… sachant que 7,42 millions de Texans inscrits n’ont pas voté. Et c’est compter sans les millions de Texans qui avaient le droit de voter mais qui n’ont pas pris la peine de s’inscrire.

Le vote latino favorable aux démocrates, mais qui s’érode

La représentante Mayra Flores est devenue la première femme née au Mexique à siéger au Congrès, ainsi que la première femme hispanique républicaine à y représenter le Texas – ici à Washington, le 21 juin 2022.

La chose peut sembler paradoxale, mais si les démocrates peinent aussi à gagner, c’est à cause de l’électorat latino, qui représente 40 % de la population de l’Etat. Un électorat qui leur est pourtant traditionnellement favorable… mais qui boude les isoloirs. « Environ les deux tiers des Latinos continuent de soutenir les démocrates, mais les électeurs latinos républicains ont plus voté que les électeurs latinos démocrates », fait valoir la branche texane du parti dans son analyse de la présidentielle de 2020.

Autre problème : les progressistes sont tellement persuadés que ces électeurs sont acquis à leur cause qu’ils ne se donnent parfois plus la peine d’essayer de les convaincre. Un phénomène que souligne le New York Times notamment pour les comtés à la frontière avec le Mexique. Enfin, dans plus de 50 des 254 comtés du Texas, le Parti démocrate n’a tout simplement pas de structure ou de représentant.

Face à eux, en plus de faire passer des lois qui restreignent l’accès au vote des minorités, les républicains ont mis sur pied le Project Red TX (littéralement « Projet Texas Rouge ») et commencent à présenter des candidats latinos dans ces comtés, avec un certain succès.

Mayra Flores, chrétienne évangélique, mariée à un agent de la United States Border Patrol, unité qui contrôle la frontière américano-mexicaine, a été élue pour le GOP à la Chambre des représentants en juin 2022, à la faveur de la démission de son prédécesseur démocrate, dans le 34e district, pourtant remporté par Joe Biden en 2020.

Tout un symbole : elle est devenue la première femme née au Mexique à siéger au Congrès ainsi que la première femme hispanique républicaine à y représenter le Lone Star State. Elle se représente le 8 novembre face à un élu démocrate latino, Vincente Gonzalez.

Enfin, fait valoir The Atlantic, le message démocrate – défense du droit à l’avortement, contrôle des armes à feu – va à l’encontre des convictions d’une frange de cet électorat souvent religieux et très conservateur sur les sujets de société.

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