L’Ukraine face à la stratégie russe de la « guerre insupportable »

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Analyse. Si tu ne peux pas gagner la guerre, rends-la insupportable pour ton adversaire. Plus de deux cent cinquante jours après le lancement de son « opération militaire spéciale » en Ukraine, la Russie s’est rendue à l’évidence : malgré une puissance de feu bien supérieure à celle des troupes de Kiev, et la mobilisation forcée de plusieurs centaines de milliers de conscrits, son armée ne remportera pas la victoire sur le terrain, en tout cas pas dans les prochains mois.

Depuis la prise des villes de Sievierodonetsk puis de Lyssytchansk, au début de l’été dans le Donbass, les troupes de Moscou ne progressent plus. Au contraire, l’armée russe peine désormais à contenir les forces ukrainiennes, qui reprennent petit à petit le terrain perdu lors des premiers mois de l’offensive. En octobre, Kiev a récupéré près de 3 000 kilomètres carrés de son territoire, principalement au nord-est et au sud du pays. Aujourd’hui, la Russie n’occupe plus que 17 % de l’Ukraine contre près de 25 % en mars, au pic de son offensive.

Face à cette lente mais réelle attrition, Vladimir Poutine s’est résolu à changer de stratégie. Si les artilleurs russes maintiennent la pression sur le champ de bataille, où ils tirent chaque jour 60 000 obus, dix fois plus que leurs adversaires, Moscou s’est engagé, au début de l’automne, dans une campagne de frappes sur les infrastructures ukrainiennes situées loin derrière la ligne de front, comme les centrales et les sous-stations électriques, les réseaux de chauffage urbain, les équipements de télécommunications… Le 31 octobre, quelque soixante missiles de croisière et drones suicides se sont encore abattus sur des villes ukrainiennes, privant notamment d’eau potable les deux tiers de la capitale, Kiev – l’approvisionnement a été rétabli depuis.

« Créer une catastrophe humanitaire »

L’objectif de ces frappes n’est pas militaire. Les troupes ukrainiennes sont massées à l’est et au sud du pays, à l’écart des villes ciblées. Leurs opérations sont peu entravées par les coupures de courant : les centres de commandement disposent de leurs propres générateurs et sont souvent mobiles et redondants. Même chose pour la logistique. Alors que les Russes dépendent essentiellement du chemin de fer pour ravitailler leurs troupes, les Ukrainiens utilisent indifféremment trains, camions et voitures, ce qui rend leur approvisionnement moins vulnérable. « L’armée russe a détruit 270 ponts et 20 000 kilomètres de route depuis le 24 février, mais cela n’entrave pas les Ukrainiens », confirme une source militaire française.

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