L’Iran bombarde le Kurdistan irakien, où le soutien aux manifestations antirégime est fort

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La réponse intransigeante de Téhéran à la contestation populaire dépasse les frontières du pays. Au moins sept personnes ont été tuées et vingt-huit blessées, mercredi, dans les tirs de missiles et les frappes de drone menés par Téhéran au Kurdistan irakien contre des groupes de l’opposition iranienne kurde, ont annoncé les autorités locales de la région autonome. Le ministère de la santé, sis à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, fait état dans un communiqué de « quatre martyrs et quatorze blessés » dans la région de Koysinjaq, et « trois martyrs et quatorze blessés » à Sherawa. « Il y a des civils parmi les victimes », a rapporté à l’Agence France-Presse (AFP) un haut responsable du Kurdistan autonome.

Les mouvements d’opposition iraniens dénoncent activement la répression des manifestations dans la République islamique, provoquées par la mort de Mashsa Amini le 16 septembre, après son arrestation par la police des mœurs.

Le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) a évoqué des frappes de drone et des tirs de missiles sur la région de Koysinjaq, à l’est d’Erbil. La région de Sherawa, au sud de la capitale, a aussi été prise pour cible. « Des locaux du Parti de la liberté du Kurdistan ont été visés par des bombardements iraniens », a dénoncé à l’AFP un responsable de ce parti d’opposition iranien, Hussein Yazdanpana.

« Dix frappes de drone »

Des tirs, revendiqués par l’Iran, ont aussi endommagé et détruit des bâtiments dans le secteur de Zrgoiz, à une quinzaine de kilomètres de Souleimaniyé, où se trouvent des locaux de plusieurs partis d’opposition armés iraniens kurdes de gauche, notamment ceux de Komala.

Un correspondant de l’AFP à Zrgoiz a vu des volutes de fumée blanche s’élever d’un des sites touchés par les frappes, où des ambulances ont été dépêchées. Des habitants fuyaient les lieux, tandis que des blessés légers se faisaient soigner sur place par un médecin du parti. « La zone où nous nous trouvons a été touchée par dix frappes de drone », a rapporté à l’AFP un responsable de Komala, Atta Nasser, montrant du doigt l’Iran.

A Téhéran, la télévision d’Etat iranienne a affirmé que « les forces terrestres des gardiens de la révolution [l’armée idéologique de la République islamique] [avaient] ciblé plusieurs quartiers généraux de terroristes séparatistes dans le nord de l’Irak avec des missiles de précision et des drones destructeurs ». Ces derniers jours, des tirs d’artillerie iraniens avaient visé à plusieurs reprises des zones frontalières du Kurdistan d’Irak, au nord d’Erbil, sans faire de dommages notables.

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« Ceux qui perturbent l’ordre »

Ces frappes surviennent dans un contexte tendu en Iran, où des manifestations nocturnes quotidiennes secouent le pays depuis la mort de Mahsa Amini, 22 ans. Le Kurdistan irakien accueille plusieurs groupes d’opposition iraniens kurdes, qui historiquement ont mené une insurrection armée contre Téhéran, même si ces dernières années leurs activités sont en recul. Ils restent toutefois très critiques sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, le commandement de la police en Iran, cité par l’agence de presse Fars, a averti, mercredi, que ses unités s’opposeraient « avec toute leur force » aux manifestants « et agiront partout dans le pays fermement contre ceux qui perturbent l’ordre public et la sécurité ». Selon l’organisation Iran Human Rights, sise à Oslo, au moins soixante-seize personnes avaient été tuées dans les manifestations à la date du 26 septembre.

Le Monde avec AFP

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