L’Iran accuse les services de renseignement français d’ingérence dans les manifestations antirégime, la France dément des « déclarations mensongères »

0
14

Le ministre de l’intérieur iranien, Ahmad Vahidi, a déclaré, mercredi 16 novembre, que plusieurs agents des services de renseignement français avaient été arrêtés lors des manifestations en cours depuis plusieurs semaines sur le territoire de la République islamique.

« Des personnes d’autres nationalités ont été arrêtées pendant les émeutes, dont certaines ont joué un rôle important. Il y a des éléments des services français de renseignement qui seront traités conformément à la loi », a dit Ahmad Vahidi à la télévision publique iranienne. Le ministère des affaires étrangères français a critiqué, mercredi, des « déclarations mensongères ».

La ministre des affaires étrangères française, Catherine Colonna, avait déclaré, samedi, que sept ressortissants français étaient actuellement détenus en Iran. La France a dénoncé au début d’octobre « des pratiques dignes des procès spectacles des pires régimes dictatoriaux » après la diffusion d’une vidéo mettant « en scène [les] prétendus aveux » d’espionnage d’un couple de ressortissants français, Cécile Kohler et Jacques Paris, arrêtés en mai dernier et « détenus arbitrairement » en Iran. La France « rappelle qu’elle estime que toutes ces détentions sont arbitraires », a déclaré le Quai d’Orsay dans un communiqué transmis à Reuters, mercredi.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Iran, les arrestations et disparitions de citoyens étrangers se multiplient

Vaste mouvement de protestation

Les accusations iraniennes surviennent dans un contexte d’accélération des condamnations à mort de manifestants antirégime. Les autorités iraniennes font face à un vaste mouvement de protestation depuis la mort, le 16 septembre, de Mahsa Amini, après son arrestation par la police des mœurs pour infraction au code vestimentaire strict qui oblige les femmes à porter le voile islamique en public.

Trois nouvelles personnes inculpées pour leur implication dans les manifestations ont été condamnées à mort mercredi, a affirmé l’agence officielle iranienne Mizan Online. Ces peines de mort portent à cinq le nombre de personnes condamnées à la peine capitale depuis le début des manifestations. Le procès de ces cinq personnes s’était ouvert le 29 octobre devant le tribunal révolutionnaire de Téhéran, selon Mizan Online. Une première condamnation a été annoncée dimanche, une deuxième mardi. La justice iranienne a récemment annoncé avoir inculpé plus d’un millier d’individus liés aux manifestations, que les autorités iraniennes qualifient d’« émeutes ».

Emmanuel Macron appelle l’Iran « au calme »

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Iran : « Se couper des mèches de cheveux, un geste symbolique qui mobilise les rebelles au pouvoir islamiste »

Emmanuel Macron est revenu sur la crise iranienne en clôture du sommet du G20 à Bali, en Indonésie, en dénonçant une « agressivité croissante de l’Iran » à l’égard de la France par « des prises d’otages inadmissibles ». Il a appelé Téhéran à « revenir au calme et à l’esprit de coopération ».

Le président français a également évoqué les attaques iraniennes sur le sol irakien. L’Iran a lancé une nouvelle série de frappes de missiles et de drones lundi contre des groupes d’opposition kurdes iraniens basés au Kurdistan d’Irak, territoire voisin, tuant au moins une personne et en blessant huit, selon des responsables locaux.

« La France a toujours respecté les dirigeants, le peuple iraniens. Nous avons toujours été dans une approche de discussion, de respect. Je pense que les choix qui ont été faits ces derniers mois ne vont pas dans ce sens du côté de l’Iran, donc j’appelle au retour au calme, au respect de la stabilité régionale, au respect aussi des ressortissants français », a ajouté Emmanuel Macron.

Tout en « respectant pleinement la souveraineté de l’Iran », il a salué « le courage et la légitimité » de « cette révolution des femmes et de la jeunesse iranienne », qui « défendent nos principes universels ». « Je dis “nos”, je ne parle pas de la France : ils sont universels, ils sont aussi ceux de notre Charte des Nations unies : l’égalité entre les femmes et les hommes, la dignité de chaque être humain », a-t-il ajouté.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Iran, la prise de conscience de la jeunesse : « C’est une génération qui n’accepte pas facilement ce qu’on lui dicte »

Des tensions avec le Royaume-Uni

Les relations sont également tendues entre l’Iran et le Royaume-Uni. Mercredi, le patron du renseignement intérieur britannique a mis en garde contre les « menaces directes » posées par l’Iran sur l’île « par le biais de services de renseignements agressifs ».

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Iran, « mieux vaudrait abolir le journalisme », suggère la Commission des journalistes

Selon Ken McCallum, « au moins dix menaces potentielles » ont été repérées cette année. « A son paroxysme, cela inclut des ambitions de kidnapper ou même de tuer des Britanniques ou des individus basés au Royaume-Uni perçus comme des ennemis du régime », a ajouté le chef des renseignements lors d’un discours au siège du MI5.

La semaine passée, le gouvernement britannique a accusé l’Iran d’avoir proféré des menaces de mort à l’encontre de journalistes basés au Royaume-Uni et a annoncé vendredi avoir mis en place un « plan de protection » pour une championne de lutte iranienne vivant en Ecosse, Melika Balali, qui affirme avoir, elle aussi, reçu des menaces.

Le Monde avec AFP et Reuters

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici