Les « référendums » prorusses enferment Poutine dans la guerre

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Urgence faisant loi, Vladimir Poutine s’est épargné une gageure : celle de recouvrir l’annexion unilatérale de territoires ukrainiens conquis par la force d’une apparence de légalité. L’organisation au pas de charge, dans ces territoires situés à l’est et au sud du pays, de ce que la Russie a présenté comme des « référendums » a produit un spectacle lamentable de bulletins de vote récoltés parfois au cours d’opérations de porte-à-porte auprès des habitants que les combats n’ont pas fait fuir.

Ce spectacle s’est traduit par des résultats de pacotille qui donneraient à rire s’ils n’ouvraient la voie à une escalade potentiellement dangereuse. Il est plus que probable que seuls les Etats voyous oseront les reconnaître, compte tenu du mépris absolu témoigné aux formes. Les alliés occidentaux de l’Ukraine devraient y répondre par l’adoption de nouvelles sanctions.

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Ce passage en force russe dit tout d’abord l’estime dans laquelle le maître du Kremlin tient les habitants de ces régions, qui représentent environ un cinquième du territoire de l’Ukraine. Elle est assez faible pour les transformer en figurants de cette mascarade. Il était prévisible, en vérité, que ces derniers soient soumis à cet ajustement par le bas des règles de la démocrature en place en Russie depuis une bonne décennie. Ces « référendums » sont la confirmation de la réalité du joug russe, qui est devenu leur quotidien.

Ce faisant, Vladimir Poutine peut également afficher une nouvelle fois son parfait dédain des normes internationales piétinées en Ukraine depuis 2014. Une fois décrété le rattachement de ses conquêtes à la Russie, le Kremlin va très probablement redécouvrir le principe d’intangibilité des frontières pour celles qu’il a tracées par la mitraille et le pilonnage. Et clamer son intention de les défendre en opposant tous les moyens à des contre-offensives ukrainiennes parfaitement légitimes.

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C’est précisément là que réside le risque d’engrenage alimenté par cette piètre mise en scène. Elle devrait plonger dans une douloureuse introspection tous ceux qui ont accepté en 2014 l’annexion de la Crimée après un premier référendum controversé, pas plus reconnu alors par les Nations unies que ceux de ces derniers jours.

L’effet cliquet de ces plébiscites enferme plus que jamais la Russie dans une logique de guerre. Cette dernière est grosse de dérapages dramatiques, dont le sabotage de gazoducs en mer Baltique, que personne n’a revendiqué, constitue la dernière manifestation. Face à cette fuite en avant, les alliés de l’Ukraine ont encore moins de raisons de relâcher un effort qui produit des résultats sur le terrain du fait de la combativité exceptionnelle des troupes de Kiev.

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Sous leur pression, Vladimir Poutine a été contraint de précipiter le calendrier de ces votes, devenus d’autant plus grotesques. Il a été également acculé à une mobilisation partielle à laquelle les Russes en âge de combattre ont souvent répondu par l’esquive ou la fuite à l’étranger.

Il est instructif que ces opérations russes en Ukraine coïncident avec l’organisation en Hongrie, Etat illibéral s’il en est, d’une « consultation » de l’opinion sur la pertinence des sanctions adoptées contre la Russie, dont Viktor Orban ne se prive pas de dire tout le mal qu’elles lui inspirent. Le premier ministre hongrois est coutumier de ces manœuvres maquillées en exercices démocratiques, qui n’abusent que les naïfs, ou les sots.

Le Monde

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