Le RN finit par réagir sur le droit à l’avortement, sujet “instrumentalisé”

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POLITIQUE – Depuis ce vendredi 24 juin, l’ensemble de la classe politique française dénonce la révocation du droit à l’avortement par la Cour suprême des États-Unis et clame son inquiétude face à une telle régression. L’ensemble? Non, il est un parti qui est resté très discret durant de longues heures: Le Rassemblement national. 

Il aura fallu attendre plus de 24 heures pour qu’un cadre du parti, son président en l’occurrence, Jordan Bardella, assure qu’“aucun mouvement politique sérieux ne remet en cause en France la loi Veil, acquis à protéger”. Pour le député européen, “le gouvernement instrumentalise ce qui relève de la politique intérieure américaine pour faire diversion” sur d’autres sujets que le pouvoir d’achat ou l’immigration.

Plusieurs heures avant cela, la majorité et la gauche ont eux annoncé qu’elles souhaitaient sanctuariser l’accès à l’IVG en l’inscrivant dans la Constitution. Plusieurs figures des Républicains ont, eux, appelé à “préserver ce droit fondamental.”

C’est le cas par exemple d’Éric Ciotti, le député des Alpes Maritimes, qui parle de “recul consternant” ou de Valérie Pécresse laquelle s’indigne d’une “régression inquiétante et choquante des libertés.” Plus à droite, la députée Emmanuelle Ménard a elle aussi réagi en pointant une atteinte “aux libertés de toutes les femmes américaines, quelles que soient leurs convictions”.

La gêne au RN? 

L’un des rares élu RN à s’être exprimés de près ou de loin sur le sujet est le (nouveau) député Philippe Ballard, invité ce samedi matin sur franceinfo. Interrogé sur la décision historique de la Cour suprême, le porte-parole du parti d’extrême droite, a botté en touche, refusant de disserter sur la politique américaine.

“Je suis parlementaire français, je suis porte-parole d’un parti politique français, on est souverainiste, on ne va pas se mêler des affaires des autres”, a-t-il ainsi répliqué, comme vous pouvez le voir ci-dessous (à partir de 1′50).

Une petite pirouette qui témoigne de la gêne du Rassemblement national? Force est de constater que les cadres du parti lepéniste avaient moins de pudeur à commenter l’actualité nationale américaine au moment de remettre en question l’élection de Joe Biden face à Donald Trump, celui qui a rendu possible ce recul spectaculaire sur l’IVG aux États-Unis.

 

Difficile effectivement de condamner les conséquences d’une politique et des choix opérés par un homme pris comme modèle, ou comme source d’inspiration. Alors plutôt que s’arrêter sur la bienveillance de sa formation politique à l’égard du milliardaire américain quand celui-ci était au pouvoir, Philippe Ballard est aussitôt revenu sur la position “claire” que défend Marine Le Pen sur l’IVG: le statu quo. 

“La loi Veil, on n’y touche pas”, avait-il ainsi déjà lancé, avant de confirmer “c’est la position du parti” quand le journaliste en plateau lui demande de confirmer s’il parle de l’autorisation de l’IVG “quoi qu’il arrive”. Mais cette position, défendue par la patronne du Rassemblement national depuis sa campagne de 2017, n’a pas toujours été aussi limpide. 

Les turpitudes de Le Pen

Au contraire, le FN (devenu RN) a été pendant longtemps radicalement anti-avortement sous l’égide de Jean-Marie Le Pen. Certes, Marine Le Pen s’est démarquée dès 2002 de la ligne dure incarnée par son père, lequel prônait l’abrogation des loi pro-IVG, mais la finaliste des deux dernières élections présidentielles a souvent porté une position ambigüe. 

En 2012, lors de la campagne présidentielle, elle use par exemple du terme “avortements de confort” en ciblant “les femmes qui avortent deux, trois, quatre fois” et qui feraient de l’IVG une sorte de “moyen de contraception”. Elle agite même le spectre d’une restriction des remboursements. “Avorter trois ou quatre fois de suite ne doit pas peser en termes financiers sur la communauté nationale, au moment où un français sur trois ne se soigne pas correctement”, lance-t-elle lors d’une conférence organisée par le magazine Elle à Science Po, comme vous pouvez le voir ci-dessous (à partir de 14′).

Depuis, Marine Le Pen, soucieuse de “normaliser” son image, a laissé ce vocabulaire de côté… malgré les coups de boutoirs de sa nièce Marion Maréchal, en 2017, alors toujours favorable à l’abandon du “remboursement intégral et illimité de l’avortement.” Une sortie publique qui aura valu à l’ancienne cadre du RN, désormais chez Reconquête, un sévère recadrage.

“Chacun peut revoir ses positions”, estime aujourd’hui Philippe Ballard pour justifier le changement de pied de la patronne du RN en dix ans. Mais jusqu’où? Le Rassemblement national, absent des débats médiatiques depuis la décision historique de la Cour suprême américaine, va devoir sortir du bois et se prononcer sur l’ambition des élus de la Nupes et de la majorité d’inscrire l’accès à l’IVG dans la Constitution. Et leur vote sera scruté. 

À voir également sur Le HuffPost: Le droit à l’avortement dans la Constitution? LREM rattrapée par ses anciens votes

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