Le « retrait définitif » de la politique de Moqtada Al-Sadr entraîne des troubles à Bagdad et un couvre-feu dans tout l’Irak

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L’armée irakienne a décrété, lundi 29 août, un couvre-feu sur l’ensemble du pays à partir de 19 heures (18 heures à Paris), après que des centaines de partisans de Moqtada Sadr ont envahi le siège du conseil des ministres à Bagdad en réaction au « retrait définitif » de la politique du leader chiite.

Les sympathisants du chef religieux et politique « sont entrés dans le palais de la République », situé dans l’ultrasécurisée « zone verte » dont les accès ont été fermés, a fait savoir une source de sécurité sous le couvert de l’anonymat.

Des tirs à balles réelles y ont été entendus, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) sur place. Selon des sources médicales citées par l’AFP, deux partisans du leader chiite ont été tués et au moins 22 autres blessés. Des témoins ont dit que les responsables des tirs étaient des partisans du Cadre de coordination, rival pro-Iran des sadristes.

En outre, les forces de sécurité ont tiré des grenades lacrymogènes pour disperser les sadristes aux entrées de la « zone verte », a affirmé une source de sécurité. Selon un photographe de l’AFP, des manifestants avaient pris place dans des fauteuils d’une salle de réunion tandis que d’autres se baignaient dans un bassin dans le jardin.

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« Retrait définitif » de Moqtada Al-Sadr de la politique

Le palais de la République est situé dans l’emblématique « zone verte » de Bagdad. Construit sous Saddam Hussein, il était utilisé par l’ancien dictateur pour recevoir des hôtes de marque et abrite aujourd’hui le conseil des ministres. Le premier ministre, Moustafa Al-Kazimi, l’a suspendu « jusqu’à nouvel ordre », appelant Moqtada Sadr à « enjoindre aux manifestants de se retirer des institutions gouvernementales ».

Dans les rues de Bagdad, plusieurs milliers de sadristes se dirigeaient vers cette enceinte du centre-ville en scandant « Moqtada ! Moqtada ! », selon un journaliste de l’AFP. Par crainte de débordements, l’armée irakienne avait d’abord décrété un « couvre-feu dans la capitale », qui devait « concerne[r] tous les véhicules et tous les citoyens à partir de 15 h 30 lundi ».

Dans la matinée, M. Al-Sadr a annoncé son « retrait définitif » de la politique. « J’avais décidé de ne pas m’immiscer dans les affaires politiques. J’annonce donc maintenant mon retrait définitif et la fermeture de toutes les institutions à l’exception du mausolée sacré [de son père Mohammed Sadeq Al-Sadr mort en 1999], du Musée d’honneur et de l’Autorité du patrimoine Al-Sadr », a-t-il écrit sur Twitter.

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Pas de nouveau gouvernement depuis octobre 2021

Moqtada al-Sadr, en novembre 2021.

Le très influent clerc chiite, habitué des coups d’éclat, a annoncé son retrait alors que l’Irak est embourbé dans une profonde crise politique depuis les élections législatives d’octobre 2021. Riche en pétrole mais accablé par une grave crise économique et sociale, le pays n’a toujours pas de nouveau premier ministre ni de nouveau gouvernement, les forces chiites, dont celle de M. Al-Sadr, n’arrivant pas à se mettre d’accord sur leur mode de désignation.

Depuis des semaines, M. Al-Sadr, qui compte des dizaines de milliers de partisans au sein de la population, réclamait la dissolution du Parlement et de nouvelles législatives anticipées pour tenter de dénouer la crise. Plus généralement, il exige une « réforme » de fond en comble du système politique irakien et la fin de la « corruption ». Son courant était arrivé en tête aux élections législatives mais, incapable de former une majorité, il avait fait démissionner ses députés en juin.

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Pour Hamzeh Hadad, chercheur invité au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), l’annonce du « retrait » de Moqtada Sadr « n’est pas très claire ». « Dans la tradition sadriste, on peut s’attendre à ce qu’il fasse marche arrière », a-t-il jugé dans un entretien à l’AFP. Mais, « et c’est plus terrifiant, on peut penser qu’il donne à ses partisans le feu vert pour faire ce qu’ils veulent, en disant qu’il ne répond plus de leurs actions ».

« Pas de place pour les réformes »

Samedi, Moqtada Sadr avait proposé que « tous les partis » en place depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 – le sien compris – renoncent aux postes gouvernementaux qu’ils détiennent pour résoudre la crise. Il avait alors donné « 72 heures », faute de quoi « il n’y aurait pas de place pour les réformes ».

Le bras de fer qui l’opposait à ses adversaires chiites du Cadre de coordination n’avait jusque-là pas dégénéré en affrontements armés, mais le Hachd Al-Chaabi, d’anciens paramilitaires alliés à Téhéran et intégrés aux forces irakiennes, s’était dit prêt à « défendre les institutions étatiques ».

Né en 1974, il n’a jamais lui-même gouverné depuis la chute de l’ancien dictateur Saddam Hussein, en 2003. Mais de son fief de la ville sainte de Nadjaf (centre), son aura religieuse et politique porte dans une partie de la communauté chiite, majoritaire en Irak.

Le Monde avec AFP

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