« Le populisme israélien rejoint entièrement le populisme européen ou trumpiste aux Etats-Unis »

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Les amis d’Israël qui se sont dits « stupéfaits » et « catastrophés » au soir des dernières élections à la Knesset et nous ont téléphoné en pleine nuit pour nous raconter leur détresse n’ont sans doute pas porté beaucoup d’attention aux puissants processus de fond qui ont traversé la société israélienne au cours des vingt ou trente dernières années.

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Beaucoup en sont restés à l’image d’Epinal de l’Israël d’antan, de David Ben Gourion à Yitzhak Rabin, de Golda Meir à Shimon Pérès, des kibboutzim et des accords d’Oslo… Ils n’ont pas vu que les kibboutzim n’existent plus et sont presque tous privatisés, ils n’ont pas saisi à quel point le libéralisme économique et le capitalisme sauvage ont pris, chez nous, la place de l’Etat-providence, ils n’ont pas perçu que le thème des « deux Etats pour les deux peuples » était complètement usé, alors qu’un demi-million d’Israéliens vivent aujourd’hui dans les territoires, et ils n’ont pas compris les changements sociologiques, démographiques et idéologiques qui ont totalement bouleversé les fondements originels de la société, annonçant, en fait, le retour certain de Nétanyahou et de ses amis ultrareligieux et d’extrême droite.

Ces élections qui ont vu la victoire de Nétanyahou à la tête d’une coalition Likoud-ultrareligieux-Ben Gvir, c’est d’abord, il faut le reconnaître, une revanche des laissés-pour-compte face à la bourgeoisie intellectuelle et repue de Tel-Aviv, et d’une façon plus générale face aux élites ashkénazes laïques : les élites, aujourd’hui, ce sont tous ces gens du high-tech triomphants qu’on rencontre en masse à la terrasse des cafés chics de Tel-Aviv ou dans les restaurants hors de prix de la rue Dizengoff, les juges de la Cour suprême et les professeurs des universités, les avocats connus et les grands médecins, les hauts fonctionnaires et les journalistes qui ont pignon sur rue…

Le Far West du sud d’Israël

Ces élites ont malheureusement complètement oublié qu’il y a des villes très pauvres dans le Sud, qui se nomment Sderot, Netivot ou Ofakim ou Dimona, avec des familles nombreuses, des chômeurs et des gens qui n’arrivent pas à finir le mois avec leurs salaires, dans un des pays les plus chers du monde. Qu’on regarde simplement qui a voté pour le Likoud et pour l’extrême droite ! Tout est là, tout était prévisible.

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Si l’on ajoute à cela la menace iranienne, le Hezbollah libanais et le Hamas sur les frontières, la vague d’attentats que subit Israël ces derniers temps, le Far West qu’est devenu le sud d’Israël, où des gens ont peur de sortir de chez eux et où des voitures sont attaquées par des bandits de grand chemin, et l’insécurité personnelle qui en résulte, le résultat des élections n’est vraiment pas étonnant.

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