Le Japon et la Corée du Sud réticents à dénoncer les violations des droits humains en Chine

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Analyse. Voisins immédiats de la Chine et principaux alliés des Etats-Unis en Asie du Nord-Est, la Corée du Sud et le Japon sont placés dans une position délicate par la confrontation entre Pékin et Washington. Les deux pays louvoient entre les obligations imposées par leur alliance avec les Etats-Unis et le besoin de ménager leur grand voisin asiatique.

Illustration de ce dilemme, la résolution adoptée le 1er février par le Parlement japonais, exprimant « la préoccupation » sur « la situation grave des droits humains », « en particulier dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, au Tibet, en Mongolie intérieure et à Hongkong ». Ce texte, qui réussit le tour de force de ne pas mentionner explicitement la Chine, n’en a pas moins suscité une protestation de Pékin.

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Cette ambiguïté se retrouve avec les Jeux olympiques d’hiver de Pékin, qui s’ouvrent, vendredi 4 février, sans le président sud-coréen, Moon Jae-in, ni le premier ministre japonais, Fumio Kishida. Mais ni la Corée du Sud ni le Japon n’ont entériné la voie du boycott de Washington, Londres et Canberra.

Les droits humains ne sont pas historiquement l’instrument de communication internationale privilégié de Séoul et de Tokyo. En Corée du Sud, du temps des dictatures militaires (1946-1987), la question ne se posait pas. Comme Séoul, Tokyo avait épousé l’« éthique » de la guerre froide, dont l’éradication du communisme était la priorité, et se contentait, au mieux, de déplorer les exactions des dictatures soutenues par Washington en Asie.

Impératifs divers

En 1980, en Corée du Sud, à la suite de la violente répression par les troupes d’élite de la population civile de Gwangju en rébellion contre la dictature, le Japon réagit peu. Cette répression, qui fit officiellement deux cents morts (un millier, selon les opposants), fut plus vite oubliée à l’étranger que celle de la place Tiananmen à Pékin, en 1989. Alors que cette dernière suscita l’indignation en Occident, Tokyo resta discret dans sa condamnation, se contentant de suspendre quelques mois ses prêts à la Chine.

Au cours d’un entretien, en mars 1990, avec le président américain George Bush père, le premier ministre japonais de l’époque, Toshiki Kaifu, insista sur la nécessité de réintégrer la Chine dans la communauté internationale et de l’inciter à poursuivre les réformes économiques, favorisant ainsi un meilleur respect des droits humains. Un optimisme balayé depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, en 2013.

La « réserve » nippone est observée après les coups d’Etat en Thaïlande, en 2014, et en Birmanie, en 2021. La Corée du Sud a adopté une attitude similaire. Critiqué par Séoul, le coup d’Etat des généraux birmans n’a pas dissuadé les autorités sud-coréennes de renforcer les liens avec Rangoon, dans le cadre de sa « nouvelle politique vers le Sud » – c’est-à-dire l’Asie du Sud-Est.

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