L’Allemagne face à une extrême droite violente et séditieuse

0
19

Vingt-cinq personnes, c’est peu pour réussir un coup d’Etat, mais assez pour fomenter une conspiration. Si les vingt-cinq conjurés arrêtés par la police allemande, mercredi 7 décembre, avaient sans doute peu de chance de mettre leurs plans à exécution – prendre d’assaut le Bundestag, renverser le gouvernement et confier le pouvoir au rejeton d’une vieille famille aristocratique –, le coup de filet dont ils ont été l’objet est venu rappeler une réalité inquiétante : près de quatre-vingts ans après la fin de la seconde guerre mondiale, il existe en Allemagne une extrême droite résolument séditieuse, prête à basculer dans la violence pour subvertir la République et restaurer le Reich (« empire »), à l’instar des Reichsbürger, littéralement les « citoyens du Reich », un mouvement apparu dans les années 1980. Plusieurs des personnes arrêtées en seraient proches.

Lire l’enquête : Article réservé à nos abonnés En Allemagne, aux racines de la violence d’extrême droite

Dans un long communiqué publié mercredi après-midi, le parquet fédéral a donné un certain nombre d’informations sur la cellule démantelée quelques heures plus tôt. Fondée « au plus tard fin novembre 2021 », cette « association terroriste » avait pour but de « renverser l’ordre étatique existant en Allemagne », un objectif « ne pouvant être atteint que par l’utilisation de moyens militaires et le recours à la violence contre les représentants de l’Etat ». Selon le parquet, quelques-unes des personnes arrêtées mercredi étaient même allées jusqu’à « faire des préparatifs concrets pour pénétrer violemment dans le Bundestag avec un petit groupe de gens armés ».

Parmi les vingt-cinq conjurés arrêtés par la police, trois, surtout, ont retenu l’attention des médias allemands. Le premier est un certain Henri XIII, prince de Reuss, interpellé chez lui dans un quartier huppé de Francfort. Agé de 71 ans, ce descendant d’une illustre lignée aristocratique de Thuringe « était considéré à l’intérieur de son petit groupe comme le futur chef de l’Etat », explique le parquet dans son communiqué. Plutôt inattendu pour cet homme qui fit carrière dans l’immobilier et le vin pétillant, ce glorieux destin semblait parfaitement convenir à l’intéressé. « Après avoir gouverné pendant des millénaires, ma dynastie a été privée de tout pouvoir après la première guerre mondiale », un conflit provoqué par des « puissances étrangères », avait-il déploré, en 2019, lors d’une réunion de chefs d’entreprise à Zurich (Suisse).

Ce jour-là, il s’en était également pris à la « famille Rothschild » et à la « finance franc-maçonnique », accusées d’être responsables des « guerres » et des « révolutions » du XXe siècle. Au sein de sa famille, ce septuagénaire semble assez isolé. En août, son cousin Henri XIV, l’actuel chef de cette lignée princière, avait publiquement coupé les ponts avec « ce vieil homme farfelu » ayant rompu avec les siens « depuis quatorze ans ».

Il vous reste 63.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici