La visite officielle en Afrique de la vice-présidente colombienne provoque un tollé dans les rangs de la droite

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Première femme noire à occuper la vice-présidence en Colombie, Francia Marquez a débuté vendredi 12 mai une visite officielle en Afrique, une première. La tournée, qui se veut historique, déchaîne pourtant critiques et railleries de l’opposition de droite, qui la considère comme inutile et coûteuse. Les internationalistes eux, la jugent « stratégique ». Après l’Afrique du Sud, Mme Marquez se rendra au Kenya et en Ethiopie.

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« Comme tous les pays d’Amérique latine, la Colombie a longtemps tourné le dos à l’Afrique », explique le professeur Jeronimo Delgado, responsable des études africaines à l’Université Externado. Il rappelle que « les clichés sur l’Afrique restent encore largement répandus en Colombie ». Pour son collègue Mauricio Jaramillo, professeur de l’Université du Rosaire à Bogota, « la Colombie est un pays historiquement très fermé sur lui-même, qui a toujours privilégié ses relations avec les Etats-Unis. Le fait qu’aujourd’hui une vice-présidente noire assume la représentation du pays contribue évidemment à la virulence des réactions ».

Dans ce pays gouverné à droite depuis deux cents ans, l’arrivée au pouvoir en août 2022 de Gustavo Petro, qui a été guérillero dans sa jeunesse, et de sa vice-présidente, militante afro, écologiste et féministe, a marqué une rupture. « Descendante d’Africains esclavagisés, Francia Marquez est née dans une famille rurale et modeste. C’est dire qu’elle représente tout ce que l’élite politique colombienne n’a jamais été », résume M. Delgado. Forte personnalité, Mme Marquez répond sans ménagement quand elle se sent agressée. Sa brusquerie passe pour du ressentiment. Elle cristallise depuis son arrivée au pouvoir la peur, le mépris, voire la haine d’une partie de la droite.

« Vision coloniale »

La polémique sur sa visite en Afrique a commencé avant même que celle-ci ne soit officiellement confirmée. Début avril, la presse révèle qu’une soixantaine de personnes – présidents de chambre de commerce, chefs d’entreprise, universitaires ou artistes – seront du voyage officiel. C’est un tollé. Début mai, un député d’opposition assure que la visite officielle va coûter, en carburant, 1,7 milliard de pesos (environ 340 000 euros). Nouveau tollé. Les réseaux sociaux se déchaînent. Pourquoi une délégation aussi nombreuse ? Pourquoi tant d’argent pour un continent comme l’Afrique ?

A en croire la sénatrice Maria Fernanda Cabal, la vice-présidente serait partie « faire la fête en Afrique ». « Safari coûteux », titrait l’hebdomadaire de droite Semana. « Personne n’a jamais soupçonné qu’un président en visite officielle aux Etats-Unis veuille aller à Disneyland », soupire M. Jaramillo. « Le message subliminal est que vous pouvez aller en Europe, mais pas en Afrique », a affirmé M. Petro sur son compte Twitter. Selon le chef de l’Etat, les réactions de l’opposition relèvent « du racisme pur et simple ». Mme Marquez partage l’analyse. « Je suis déjà allée en Europe et aux Etats-Unis, et personne n’a regardé combien j’avais dépensé », a souligné la vice-présidente avant son départ, en dénonçant « la vision coloniale » de ses adversaires politiques.

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