La leçon de Zelensky à Israël

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Durant les semaines qui ont suivi l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février, le président Zelensky est intervenu en ligne devant de nombreux Parlements, recevant à chaque fois un accueil chaleureux des députés réunis pour l’écouter et l’applaudir. Mais, le 20 mars, à Jérusalem, les travées de la Knesset étaient vides, car les élus israéliens avaient refusé de rompre leurs congés parlementaires pour suivre depuis leur assemblée l’intervention du chef de l’Etat ukrainien, retransmise sur Zoom. Zelensky a alors ouvert son discours par cette citation de Golda Meir, née à Kiev, et cheffe du gouvernement israélien de 1969 à 1974 :

« Nous avons l’intention de rester en vie, nos voisins veulent nous voir morts. Ce n’est pas une question qui laisse beaucoup de place au compromis. »

Rappelant à quel point « les histoires des juifs et des Ukrainiens sont entremêlées », il a conclu :

« Nous pouvons toujours demander pourquoi nous n’obtenons pas d’armes de votre part, pourquoi Israël n’impose pas de lourdes sanctions contre la Russie, pourquoi il ne fait pas pression sur les entreprises russes. Mais la réponse est toujours la même. C’est votre choix, chers frères et sœurs. Et vous devrez vivre avec cette réponse, peuple d’Israël. »

« L’alliance » entre Moscou et Téhéran

Un tel discours, loin de susciter l’adhésion en Israël, a conforté les dirigeants dans leur ligne de neutralité ostensible entre l’Ukraine et la Russie, celle-ci étant d’autant plus ménagée qu’elle dispose en Syrie d’une inquiétante capacité de rétorsion : il suffit en effet à Moscou de suspendre la coopération tacitement établie avec l’aviation israélienne pour compliquer voire empêcher les raids régulièrement menés contre les cibles liées à l’Iran dans ce pays.

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C’est fondamentalement pourquoi Israël refuse de se joindre aux sanctions occidentales contre la Russie, et a fortiori de livrer du matériel militaire à l’Ukraine. Rien ne fait dévier de cette ligne le gouvernement de Naftali Bennett, même si Yaïr Lapid, son ministre des affaires étrangères, qualifie, le 2 mai, de « scandaleuse et impardonnable » la comparaison osée par Sergueï Lavrov, son homologue russe, entre Zelensky et Hitler – « Qu’importe si Zelensky est juif. Cela ne change rien à la présence d’éléments nazis en Ukraine. Il me semble qu’Hitler avait aussi du sang juif ».

Les autorités ukrainiennes n’ont pourtant pas cessé de renouveler leurs appels à l’aide en direction d’Israël, dont les capacités de défense antimissile seraient particulièrement précieuses pour leur pays. Ces appels sont devenus encore plus pressants après la vague de bombardements russes d’infrastructures civiles qui, les 10, 11 et 17 octobre, a vu l’intervention dévastatrice de drones iraniens de type Shahed (« martyr », en persan). Le 24 octobre, Zelensky s’adresse cette fois directement à l’opinion israélienne en soulignant que « le son détestable des drones iraniens peut être entendu dans notre ciel toutes les nuits », tandis que « des instructeurs iraniens sont venus apprendre aux Russes » comment utiliser ces centaines de drones. Et il ajoute :

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