« La guerre en Ukraine est un rouleau compresseur qui écrase d’autres situations de crise comme celles en Ethiopie ou en Haïti »

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Il y a tant de façons de raconter la guerre, ses bravoures, ses horreurs. Celle qui fait rage en Ukraine ne fait pas exception : un grand récit disparate y bouillonne, sur fond de mutations géopolitiques et d’inquiétudes globales. Cette guerre est aussi, comme toute crise majeure, un rouleau compresseur écrasant au passage toute forme d’attention alternative.

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Ailleurs dans le monde, d’autres situations de crise sont reléguées dans une visibilité limitée par cette machine à grands enjeux et grand spectacle. Une guerre civile dans le nord de l’Ethiopie se déroule à huis clos depuis deux ans. Est-elle finie ? Presque personne, hors de la région, n’a pris la peine de s’en assurer. Le sort d’une nation de plus de 100 millions d’habitants en dépend pourtant. Le conflit qui la déchire a peut-être entraîné la mort de 100 000 personnes. Voire le double. Des chiffres d’un ordre de grandeur comparable à celui des estimations des pertes militaires des deux bords en Ukraine.

Dans un genre différent, un pays s’effondre sur lui-même dans un ralenti auquel nul ne semble prêter l’attention qu’il mérite. Ce pays, c’est Haïti. Un minuscule progrès y a été enregistré récemment, qui dit l’épreuve que traverse la nation des Caraïbes. Début novembre, une série d’opérations de la police, équipée de nouveaux blindés, a chassé la coalition de gangs du G9 – dont la figure de proue est l’ancien policier Jimmy Chérizier, dit « Barbecue » – de l’entrée du terminal pétrolier de Varreux, principal point d’accès pour le carburant d’Haïti. Des camions-citernes sous forte escorte ont commencé à ravitailler peu à peu Port-au-Prince, la capitale, puis le reste des régions, après deux mois de pénurie.

« Notre pays est au bord de l’effondrement »

Le déblocage du terminal ne résoudra pas l’ensemble des maux dont souffre le pays où plus de cent gangs sont désormais actifs. Une nouvelle épidémie de choléra est en train de prendre de l’ampleur. Les bandes armées, en partie responsables de cette situation, y sont indifférentes. Pourtant, ces gangs ne relèvent pas du banditisme de quartier, même aggravé. De longue date, les voyous ont servi les responsables politiques haïtiens, depuis les « tontons macoutes » du président Duvalier, jusqu’aux « chimères » de Jean-Bertrand Aristide.

« Durant les trois dernières décennies, certains politiciens ont traité avec les gangs et les groupes armés dans le cadre de mobilisations politiques, de campagnes et d’opérations électorales, de répression de mouvements de contestation », résume le professeur à l’université d’Etat d’Haïti Jhon Picard Byron dans une tribune publiée par AlterPresse, le 27 août. Les jours d’élections, les malfrats servent à diriger le vote de quartiers entiers. Mais, depuis une dizaine d’années et l’arrivée au pouvoir de Michel Martelly (2011-2016), tout a explosé : la puissance de ces gangs, la corruption, les attaques contre les institutions.

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