La guerre en Ukraine, crise majeure du « troisième âge nucléaire »

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Analyse. C’est dans une mise en scène particulièrement soignée, depuis un porte-hélicoptères amphibie, à Toulon, avec le mont Faron en toile de fond, que le chef de l’Etat a finalement choisi, le 9 novembre, de préciser solennellement son appréciation de la doctrine française de dissuasion au regard de la guerre en Ukraine. Un ajustement jugé nécessaire, notamment par son entourage, après ses propos ambigus tenus sur France 2, le 12 octobre, lorsqu’il avait laissé entendre que l’emploi d’une arme nucléaire en Ukraine ou dans une région proche n’appellerait pas de réponse nucléaire de la France.

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Même si d’aucuns considèrent que ce jour-là, en direct à la télévision, le président de la République a vraisemblablement résumé ce que beaucoup de spécialistes occidentaux pensent tout bas, M. Macron a opté, ce 9 novembre, pour ce qui ressemble fort à un rectificatif, via un retour officiel à sa position d’avant-guerre. Celle qu’il avait développée, en février 2020, lors de son seul discours sur la dissuasion, qui sert de référence doctrinale.  « Aujourd’hui plus encore qu’hier, les intérêts vitaux de la France ont une dimension européenne », a ainsi insisté le chef de l’Etat, alors que c’est justement cette dimension européenne qui semblait avoir été remise en cause, mi-octobre, déstabilisant nombre d’alliés.

Au-delà des subtilités sémantiques qui peuvent échapper au grand public, cet épisode est venu remettre en lumière l’un des aspects les plus vertigineux de cette guerre en Ukraine, même si de nombreux experts le relativisent : sa forte dimension nucléaire. Une dimension avant tout déclaratoire côté russe et attisée par le prisme des réseaux sociaux. Au point de conférer au conflit ukrainien le statut de « crise la plus grave du troisième âge nucléaire », selon Dominique Mongin, historien spécialiste des questions de dissuasion, enseignant à l’Ecole normale supérieure (ENS Ulm) et auteur d’une Histoire de la dissuasion nucléaire depuis la seconde guerre mondiale (Archipoche, 2021). Un conflit sous-tendu par la hantise de son débordement hors du territoire ukrainien, comme l’a montré la tension autour du missile antiaérien qui a tué deux personnes en Pologne, le 15 novembre.

Le « troisième âge nucléaire »

Le « troisième âge nucléaire », c’est cette période qui a démarré au début du XXIe siècle, et suscitée par l’évolution du comportement de plusieurs régimes autoritaires. Une période au cours de laquelle d’autres puissances nucléaires se sont affirmées, en particulier la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord. Auparavant, on se bornait à parler de « premier âge nucléaire » pour la période allant de la bombe sur Hiroshima, le 6 août 1945, à la dernière partie de la guerre froide, puis de « deuxième âge nucléaire » pour toute la période ayant suivi la chute du mur de Berlin, en 1989, fortement marquée par les politiques de désarmement et de réduction des arsenaux.

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