La canicule qui frappe l’Inde et le Pakistan va devenir la norme

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Les hommes sont couchés sous un banian, seul endroit protégé du soleil. Il est 10 h 30, et le thermomètre affiche déjà 41 °C à Delhi, jeudi 19 mai. Ils viennent de passer quatre heures dans les champs à cueillir des légumes, sur les rives de la Yamuna, le fleuve qui longe la capitale indienne. Les charrettes débordent de concombres, lady finger, bitter gourd et autres choux ou courgette qu’ils iront vendre dans les quartiers de Delhi.

Migrants de l’Uttar Pradesh, du Bihar, du Jharkhand et du Rajasthan, ils sont installés avec leurs familles sur des terrains qui ne leur appartiennent pas depuis trente ou quarante ans. Les rives de la Yamuna, des terres inondables, abritent ainsi 9 300 familles de paysans et d’horticulteurs, plus de 46 700 personnes, qui vivent dans un dénuement extrême, dans des huttes de bambou, sans électricité, sans accès à l’eau potable, sans route asphaltée, au milieu d’un no man’s land, traversé par des lignes à haute tension, les piliers des ponts du métro ou d’échangeurs routiers. Une sorte de sous-monde, presque invisible.

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Le gouvernement de Delhi leur distribue de l’eau potable par camion-citerne. Celle puisée dans le sol, d’une couleur jaune, est chargée de métaux lourds et autres polluants ; elle est tout juste bonne pour laver le linge et… arroser les légumes.

Des habitats inadaptés

La canicule qui s’est abattue depuis le 11 mars sur le nord de l’Inde a endommagé leur production ; ils gagnent normalement, dans les bons mois, 8 000 roupies (98 euros). Les hommes, les femmes, les enfants souffrent de maux d’estomac, de vomissements, de diarrhées, mais ils ne se plaignent pas, presque étonnés qu’on les interroge sur la canicule. « Il fait beaucoup plus chaud cette année. Mais cela ne change rien pour nous. Nous n’avons nulle part d’autre ou aller. Au village, il n’y a pas de travail », explique un paysan.

Les cabanes n’ont pas de fenêtre, juste une ouverture centrale. Le toit en paille est recouvert d’une bâche en plastique. C’est une étuve à l’intérieur et il n’y a pas d’électricité pour faire marcher un ventilateur.

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Une femme revient de sa parcelle, portant sur la tête une lourde bassine remplie de bottle gourd, qu’elle va aller vendre. Guna Devi gagne 200 roupies par jour (2,40 euros). Elle sous-loue sa parcelle. Si elle ne vend pas le jour même, elle donne ses légumes aux vaches. En une journée, sous la chaleur, ils pourrissent.

Dimanche 15 mai, la capitale indienne de plus de 20 millions d’habitants, a enregistré un record historique de 49,2 °C, dans les stations des quartiers pauvres, là où il y a peu d’arbres et un urbanisme très dense. Une fournaise insupportable que subit la population dans des habitats inadaptés. Ailleurs dans la mégapole, il a fait 46,7 °C. Depuis deux mois, l’air est brûlant, sec et poussiéreux. La nuit, le thermomètre ne descend plus en dessous de 31 °C.

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