“Je devais nettoyer la salle de torture”, témoigne le fils d’un responsable local, capturé 90 jours par des Russes

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“Je n’y crois toujours pas, je l’attendais depuis si longtemps”, s’étonne encore, mardi 12 juillet, Oleg Buriak, quelques jours après la libération de son fils. Vladislav, 16 ans, a passé trois mois aux mains des Russes, parce qu’il est le fils d’un chef de l’administration local de la région de Zaporijia, au sud-est de l’Ukraine.

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Pendant ses 90 jours de captivité, Vladislav en a passé 48 en détention. Enfermé dans une cellule de deux mètres sur deux, sa seule sortie quotidienne durait une dizaine de minutes. Le reste du temps était dédié aux tâches qui lui étaient confiées. “Je devais nettoyer les bureaux, sortir les poubelles, aider en cuisine. Mais surtout, je devais laver et nettoyer la salle de torture”, se souvient-il.

Les repas composés de boîtes de conserve et les nuits blanches rythmaient les journées de Vladislav. “C’était très difficile de dormir. Je voulais veiller, au cas où un soldat entrait d’un coup dans ma cellule. Et quand j’arrivais à m’endormir, j’étais réveillé par les cris des gens qui étaient torturés.”

“Dans ce genre de moments, vos ennemis ce sont vos émotions. Il faut réussir à se contenir et à se maîtriser.”

Ces 48 jours, il les passe sans contact, ou presque, avec ses proches. “Je pouvais téléphoner tous les 8-10 jours, pendant 2-3 minutes, en haut-parleur. Un militaire russe était à côté de moi, il surveillait ce que je disais.” C’est surtout à son père qu’il parlait. “Il me donnait la force de vouloir sortir sain et sauf de cette captivité.”

Fin mai, Vladislav est transféré à Melitopol, dans une sorte d’hôtel. Il est dans des meilleures conditions, mais reste enfermé. Il y passera ses 42 derniers jours de captivité. “J’avais une chambre et un téléphone que je pouvais utiliser 24 heures sur 24. Mais je ne pouvais pas communiquer avec tout le monde, ni écrire sur les sujets que je voulais.”

Vladislav a été arrêté le 8 avril, lors d’un point de contrôle alors qu’il fuyait Melitopol, sa ville occupée par les Russes. Il était à 37 kilomètres de chez son père, qu’il cherchait à rejoindre. “J’étais à l’arrière d’une voiture lorsqu’un militaire russe m’a demandé ce que je faisais sur mon téléphone, si je le filmais, raconte-t-il. Il m’a fait sortir, m’a fouillé et a pointé son fusil de combat sur moi. Il me menaçait : ‘Je te fusille tout de suite ou j’écrase ton téléphone’.” Il a tout de suite été emmené en centre de détention.

Quelques jours après son arrestation, son père, Oleg, a fait le choix de médiatiser cette captivité : “Je ne voulais pas que mon fils soit oublié, c’était prendre le risque de le faire tuer.” Il se fait alors interviewer dans plusieurs journaux locaux et écrit plusieurs posts sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, Vladislav et Oleg ont encore du mal à réaliser que tout est fini. “Désormais je me sens bien. C’est derrière moi !”, conclut le jeune Ukrainien.

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