Histoire. 50 ans après, la petite fille au napalm a terminé sa convalescence

0
37

Le 8 juin 1972, le village de Trảng Bàng, au sud du Vietman, est bombardé par l’armée américaine. Les habitants du village, brûlés au napalm, fuient à toutes jambes. Parmi eux : une fillette de 9 ans. Le napalm a détruit ses vêtements et elle court, nue, les bras écartés, le visage tordu par la douleur.

Nick Ut, un photojournaliste, immortalise cet instant sur pellicule. Après quoi il décide d’emmener l’enfant à l’hôpital, où un médecin la dit condamnée et refuse de l’aider. Nick Ut insiste, et la petite fille, nommée Phan Thị Kim Phuc, reçoit finalement les soins dont elle a besoin. Après 17 interventions chirurgicales et 14 mois d’hospitalisation, elle est finalement tirée d’affaire.

Des cicatrices sur un tiers de son corps

Pendant ce temps, le cliché pris par le photojournaliste fait le tour du monde, et vaut même à son auteur le prix Pullitzer. Cinquante ans plus tard, la photo, intitulée The Terror of War et plus connue sous le nom de Napalm Girl, demeure incontestablement l’une des images les plus marquantes de la guerre du Vietnam.

Phan Thị Kim Phuc, dite Kim Phuc, a désormais 59 ans. Mère de deux garçons, elle a fui le Vietnam en 1992 et s’est réfugiée au Canada. Toute sa vie durant, les brûlures causées par le napalm n’ont cessé de la faire souffrir. « Un tiers de mon corps est couvert de cicatrices et j’ai d’intenses douleurs chroniques », racontait-elle début juin dans le New York Times.

Des douleurs qu’elle supporte désormais mieux grâce à un traitement au laser novateur qu’elle a reçu à Miami par le docteur Jill Waibel. La dermatologue a décidé de soigner bénévolement celle qu’elle considère comme un symbole de paix et d’espoir, rapporte CBS.

Ce rôle de symbole, Kim Phuc n’en a pas toujours voulu, loin s’en faut. Quand elle était encore une enfant, elle en a voulu à Nick Ut de l’avoir prise en photo. « Je me disais : “Je suis une petite fille toute nue. Pourquoi a-t-il pris cette photo ? Pourquoi mes parents ne m’ont-ils pas protégée ? Pourquoi l’a-t-il publié ? Pourquoi suis-je la seule sans vêtements alors que mes frères et mes cousins sur la photo sont habillés ?” Je me sentais laide et j’avais honte », raconte-t-elle dans le New York Times.

Si elle a toujours été « reconnaissante » au photojournaliste de lui avoir sauvé la vie, Kim Phuc a mis du temps avant d’accepter le cliché. Désormais, elle perçoit « la puissance de cette photo » qui représente « (s)on histoire ». La quinquagénaire a gardé contact avec Nick Ut. « Elle a l’air mieux, elle est si heureuse, elle sourit toujours », confie-t-il à CBS. 

La petite fille terrorisée n’en est plus une. « Je suis maintenant une amie, une aide, une grand-mère et une survivante qui appelle à la paix », affirme Phan Thị Kim Phuc à nos confères. Celle qui a créé la Kim Foundation International – une organisation qui vient en aide aux enfants victimes de la guerre – défend à présent la photo qui, hier, la choquait : « Nous devons affronter la violence et la première étape, c’est de la regarder dans les yeux », écrivait-elle dans le New-York Times quelques jours après la tuerie d’Uvalde, au Texas.

« L’idée de partager les images du carnage, surtout celles des corps des enfants, est peut-être insupportable mais nous devons nous y confronter », insistait celle qui reste « convaincue que la paix, l’amour, l’espoir et le pardon seront toujours plus forts que les armes. »

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici