« Faire de Jean Paul II un saint sans plus de précaution a été une décision dangereuse »

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Une série de révélations récentes ont écorné l’image de Jean Paul II que l’Eglise catholique a canonisé en 2014, au terme d’une procédure exceptionnelle. Alors archevêque de Cracovie (Pologne), il aurait sciemment déplacé des prêtres coupables de crimes sexuels. En se précipitant, l’institution a manqué de discernement et fait passer un agenda politique et théologique réactionnaire avant de respecter la tradition constante de prudence de l’Eglise catholique en la matière.

Lorsque Christine Pedotti et Anne Soupa (féministes catholiques, fondatrices du Comité de la jupe) ont appelé en 2019 à « décanoniser » le pape polonais, leur position pouvait paraître marginale tant l’aura du pape était grande. Désormais, cette ligne devient sage, même chez les catholiques. Faire de Jean Paul II un saint sans avoir pris plus de précaution s’avère être une décision dangereuse alors que les fidèles, comme nos sociétés, découvrent l’ampleur de la violence sexuelle au sein de l’Eglise catholique. Le symbole est d’ores et déjà catastrophique.

Pour les observateurs qui suivent le dossier, les révélations du documentaire diffusé par la chaîne privée de télévision polonaise TVN n’ont pourtant rien de très surprenant. L’amitié du pape polonais avec des prédateurs notoires comme Marcial Maciel ou le frère Philippe est désormais bien documentée.

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Comme l’a montré la commission Sauvé en France, la dimension « systémique » du problème explique que les prélats, de Boston (Massachusetts) à Cracovie, aient développé les mêmes comportements : la préférence pour le silence par peur du scandale, la volonté de traiter en interne les problèmes et le refus du renvoi de l’état clérical des personnes incriminées. Le rôle du successeur même de Jean Paul II, Joseph Ratzinger (Benoît XVI), quand il était archevêque de Munich (Allemagne), a été souligné dans plusieurs affaires dans de très sérieux rapports de cabinets d’avocat.

Une enquête bâclée ?

S’il y a un manquement au niveau juridique, la défaillance est aussi institutionnelle. La canonisation hâtive pointe les manquements des procédures de l’Eglise catholique qui met pourtant souvent en avant sa précieuse tradition de discernement. Au fil des siècles, la procédure pour faire des saints s’est même bureaucratisée : l’acclamation par le peuple de Dieu a laissé place à un procès appelé « cause ». Longtemps, un moratoire de plusieurs décennies était nécessaire avant d’en lancer une, le temps d’y voir plus clair, surtout lorsqu’il s’agissait d’un pape.

Le choix de l’Eglise catholique d’ouvrir une procédure très tôt après la mort de Jean Paul II, en répondant aux cris de « Santo subito ! » sur la place Saint-Pierre, a induit un déséquilibre dans le processus en y faisant entrer des intérêts idéologiques – le cardinal Martini s’en était d’ailleurs inquiété.

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