Face à l’extrême pauvreté en Angleterre, le développement des banques alimentaires

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Avec son clocher normand et son enclos paroissial, l’église anglicane St Dunstan tranche avec le reste du quartier – des rues entières bordées de logements sociaux. Nous sommes à Tower Hamlets, un des arrondissements les plus contrastés de Londres : au sud, dans le nouveau centre financier de Canary Wharf, et à l’ouest, du côté de la City, des milliards de livres sterling sont brassées quotidiennement.

Mais, au cœur de ce qu’on appelait autrefois l’East End, le quartier des docks, lieu ancestral de migration, le taux de pauvreté est parmi les plus élevés du Royaume-Uni : 39 % des habitants sont considérés comme pauvres, c’est-à-dire disposant de revenus inférieurs à 60 % du revenu médian du pays, qui était de 2 560 livres sterling (soit 2 950 euros) par mois au mois d’avril.

Ce vendredi d’automne, c’est le jour de la food bank, la « banque alimentaire », à St Dunstan. Une travée de l’église est entièrement encombrée de nourriture, six volontaires s’affairent. « Trois paniers famille, deux paniers individuels avec viande ! », annonce Sarah Smith, la salariée chargée de la banque. Registre en main, elle énunère les prénoms des bénéficiaires : Aisha, Asma, Shifaa… Tous défilent en un flux continu.

Moins de 8 500 euros par an

La plupart sont des mamans britanniques d’origine bangladaise, comme un tiers de la population de Tower Hamlets. Elles confient que seuls leurs maris travaillent et qu’elles doivent s’occuper des enfants, car les faire garder serait trop coûteux, les aides publiques ne valant que pour les minots âgés de 3 et 4 ans. D’où la nécessité de récupérer des paniers gratuits.

« Beaucoup de ceux qui viennent ont l’air contrarié, stressé. Les tensions augmentent avec la peur de ne pas pouvoir payer les factures », dit Gregory Allen, un des volontaires, jeune retraité ayant longtemps travaillé à la City. Alison Jones, une autre habituée du lieu, responsable des relations avec les parents au sein de l’école primaire Marion-Richardson toute proche, a apporté les surplus d’un petit déjeuner parents-professeurs.

Des mijoteuses disponibles à la location  dans le foyer caritatif d’Hartlepool (Royaume-Uni), le 22 novembre 2022.

Dans son établissement, presque 40 % des enfants ont droit aux free school meals (repas chauds gratuits à l’école), car ils vivent dans des foyers gagnant moins de 7 400 livres annuelles (8 500 euros), le plafond d’éligibilité. Impossible de vivre décemment avec si peu à Londres. Même à Tower Hamlets, où la location d’un deux-pièces ne coûte pas moins de 2 000 livres (2 300 euros) par mois.

Fragilisée par dix ans d’austérité

Quand Sarah Smith a lancé sa « banque », en 2017, elle a d’abord vu venir des hommes seuls. Puis sont arrivées les familles. Son registre compte aujourd’hui 560 noms. Les besoins sont tels que cette femme douce et patiente, elle-même originaire du quartier, s’inquiète d’une baisse des dons. « Les gens étaient généreux pendant l’épidémie de Covid, mais ils sont eux aussi touchés par la crise. Parfois, on ne peut pas donner pour plus d’un ou deux repas. »

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