Eva Illouz, sociologue : « La troisième force politique en Israël représente ce que l’on est bien obligé d’appeler, à contrecœur, un “fascisme juif” »

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Benyamin Nétanyahou a commencé les négociations pour former un gouvernement. Ses partenaires « naturels » restent les ultraorthodoxes, mais s’est ajouté à eux le parti d’extrême droite radicale Sionisme religieux, désormais la troisième force politique en Israël.

Certains ne s’en étonneront pas. Après tout, cela fait deux décennies que Nétanyahou incite à la haine entre Juifs et Arabes, sape la légitimité du système judiciaire et fait de la religion le socle de l’identité nationale. Mais il y a une différence importante. Nétanyahou est un populiste de droite « conventionnel », similaire à Modi, à Orban ou à Trump. Itamar Ben Gvir, le chef de Sionisme religieux, se situe, lui, au-delà du populisme. Il représente ce que l’on est bien obligé d’appeler, à contrecœur, un « fascisme juif ».

Pour ceux qui, comme moi, se définissent comme sionistes – malgré ses iniquités, la création d’un foyer national juif était légitime et nécessaire –, écrire ces mots – fascisme juif – est choquant. Mais quelques faits imposent ce jugement.

Trop séditieux pour l’armée

Ben Gvir n’a pas servi l’armée israélienne : celle-ci l’a jugé trop séditieux. En tant qu’avocat, il a défendu des terroristes juifs et a applaudi des opérations terroristes commises par des juifs – par exemple, celle de Baruch Goldstein, qui avait tué vingt-neuf Palestiniens pendant leur prière à la mosquée d’Ibrahim. Il s’identifie tellement au terrorisme juif qu’il a même proposé d’abolir cette notion, pourtant reconnue par la police et le Shin Beth israéliens.

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Le terrorisme juif a été un phénomène marginal en Israël jusque dans les années 1980. Mais, à partir de cette décennie, plusieurs attaques terroristes (la plupart déjouées) ont été fomentées par des groupes juifs divers comme Hamakhteret Hayehudit, Kach, Terror Neged Terror, Bat Ayin, Lehava… Certains de ces groupes étaient ultranationalistes, d’autres explicitement antisionistes (ils voulaient démanteler l’Etat d’Israël et le remplacer par le royaume de Juda).

Mais ils ont un noyau idéologique commun qui est le résultat d’une lourde situation politique : le processus de colonisation des territoires occupés depuis 1967. On ne peut pas comprendre l’extrême droite israélienne si l’on ne saisit pas que ces territoires en sont le nœud. De 1967 à 2018, plus de deux cents implantations ont été établies en Cisjordanie. Cent trente et une de ces implantations sont officiellement reconnues par le gouvernement et cent dix considérées comme illégales.

Nationalisme religieux

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