Ethiopie : au Tigré, la mort en direct

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Au pénitencier de Makalé, « Fafi », le vidéaste amateur qui a filmé le massacre de villageois tigréens, accusés hâtivement d’être des miliciens à la solde des rebelles.

C’est une guerre fratricide qui se déroule à huis clos. Depuis presque deux ans, la région du Tigré, dans le nord de l’Ethiopie, est plongée dans l’obscurité et la violence. Les récits d’atrocités qui émaillent ce conflit opposant les forces fédérales éthiopiennes aux rebelles tigréens, tout comme l’ampleur de la crise humanitaire en cours, sont difficilement vérifiables faute de télécommunications fluides et d’accès à la province.

Ce verrouillage du terrain rend particulièrement précieux le nouveau reportage d’Olivier Jobard et Charles Emptaz diffusé par Arte samedi 3 septembre à partir de 18 h 45 (Tigré : un massacre ordinaire). Bravant l’interdit, le photoreporter et le journaliste se sont rendus clandestinement au Tigré. Ils en ont rapporté l’histoire d’une tuerie – une parmi beaucoup d’autres – perpétrée par de jeunes soldats éthiopiens en janvier 2021 dans le village de Mahabere Dego, dans le centre de la province.

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Un massacre « ordinaire » et rarissime à la fois puisqu’il fut filmé de bout en bout par l’un de ses auteurs. La vidéo du bain de sang résonne des commentaires et encouragements du jeune militaire vis-à-vis de ses frères et sœurs d’arme, priés de tuer sans faiblir les villageois tigréens. Accusés hâtivement d’être des miliciens à la solde des rebelles, les habitants seront plusieurs dizaines à trouver la mort ce jour-là, souvent exécutés à bout portant avant d’être jetés du haut d’une falaise.

« Les jeunes de cette génération se filment tout le temps. Le jour où il y a un massacre, ils font pareil. C’est la folie en direct, explique Olivier Jobard. C’est un document glaçant qui permet de montrer la mécanique de groupe. Comment, par exemple, les femmes soldats sont poussées à participer. »

La faim tue sans distinction

Dans un pénitencier de Makalé, la capitale provinciale, Olivier Jobard et Charles Emptaz ont rencontré « Fafi », le vidéaste amateur, et certains de ses compagnons de l’époque, faits prisonniers comme des milliers d’autres soldats par les forces tigréennes. Ils reviennent sur les événements d’un ton oscillant entre le détachement et la stupéfaction rétrospective. « Je n’avais jamais vu un truc comme ça avant », lâche l’un d’eux.

Combien d’autres désastres irréparables se sont produits au Tigré depuis le début du conflit ? Outre les exactions, la province est aussi devenue le théâtre d’une grave crise humanitaire qui voit la faim tuer sans distinction. Cette tragédie est l’objet d’un premier reportage d’Olivier Jobard et Charles Emptaz diffusé en juillet et toujours disponible sur Arte.tv (Ethiopie : Tigré, au pays de la faim).

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Lors de leur incursion dans la région, les deux journalistes ont avancé profondément sur ces terres sous blocus où l’essence est devenue si rare que les gens se déplacent en calèche et où les centres de santé manquent cruellement d’électricité, de lait en poudre et d’oxygène. Les combats ont empêché les paysans d’ensemencer leurs champs et poussé des milliers de Tigréens sur les routes. A Aksoum, ville sainte éthiopienne qui abriterait l’Arche d’alliance contenant les tables de la Loi remises à Moïse, les pèlerins tentent de se remplir un peu l’estomac en buvant de l’eau bénite.

« Ce sujet n’est pas forcément celui sur lequel nous pensions travailler, mais il s’est imposé à nous, indique Olivier Jobard. Tout cela n’a rien à voir avec les images d’une Afrique éternelle terre de famine. Cette situation est directement liée aux conditions de la guerre : un siège qui tue loin des regards. »

Tigré : un massacre ordinaire, d’Olivier Jobard et Charles Emptaz, sur Arte samedi 3 septembre à partir de 18 h 45.

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