Etats-Unis : la politique-fiction de George Santos, infatigable mythomane du Congrès

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Evidemment, il y aura un film. Ou une série. Les acteurs se battront pour interpréter George Santos. On saluera le polymorphisme de l’artiste retenu. On lui prédira des récompenses. Mais il est encore trop tôt pour envisager cette épopée sur écran. Le sort de l’élu de New York (3e district) demeure suspendu au-dessus du vide dans la vie réelle – un adjectif mal assorti à sa trajectoire –, celle qui l’a conduit jusqu’aux travées de la Chambre des représentants, en novembre 2022.

Pour l’heure, le speaker républicain, Kevin McCarthy, soucieux de préserver sa faible majorité, n’a pas appelé à la démission de M. Santos, prétendant s’en tenir au choix des électeurs. Elu président de la Chambre au quinzième tour de scrutin, début janvier, il confesse avoir « toujours eu des questions » sur le parcours de ce dernier, qui devra gagner la « confiance » de ses pairs. L’intéressé en aura-t-il le temps ?

Jamais encore, dans cette enceinte, un homme n’avait autant menti sur tout, ou presque. Jamais encore un candidat n’avait bâti un échafaudage aussi pathétique et vil de sornettes sur ses origines, sa famille, sa vie privée, son parcours professionnel, ses engagements. Une construction assez solide pour traverser victorieusement l’épreuve d’une campagne électorale, après un premier échec en 2020. Mais il fait de lui, à présent, une proie pour les journalistes, traquée dans les couloirs du Capitole, moquée par les animateurs de télévision, exaspérant ses propres collègues.

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Quasiment chaque jour, un média américain déchire une page de la fiction Santos, déniche un témoin accablant, publie une photo ou un document. La tête tourne, le vertige gagne. On ne sait plus à qui s’en remettre : au code pénal, au manuel d’éthique d’un élu ou au canapé d’un excellent psychanalyste, rompu à la mythomanie.

Euphorie postélectorale

Le 19 novembre 2022, George Santos monte sur la scène dressée dans un hôtel de luxe, à Las Vegas (Nevada). Il est l’un des orateurs de second rang lors de la réunion de la Republican Jewish Coalition, une organisation influente de juifs républicains. Tout juste élu lors du scrutin de mi-mandat, onze jours plus tôt, il prend la parole avant une intervention en vidéo du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et l’arrivée de la nouvelle star républicaine, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis. Il a cinq minutes.

« Shabbat shalom à tout le monde ! » Le nouvel élu parle de ses parents immigrés. « Nous ne sommes pas étrangers aux persécutions », note-t-il, en évoquant le destin de son grand-père, qui a fui l’Ukraine dans les années 1920 avant de se réfugier en Belgique, puis au Brésil. George Santos promet qu’au Congrès il luttera contre l’antisémitisme, défendra Israël, sera intransigeant sur l’Iran. « Je vis le rêve américain », dit alors l’homme de 34 ans, au sourire gourmand. C’est son dernier moment d’euphorie postélectorale.

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