En Turquie, face au président Erdogan, l’opposition en ordre dispersé

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Sur le papier, l’affaire était entendue. Vingt ans de règne sans partage de Recep Tayyip Erdogan et de son Parti de la justice et du développement (AKP) allaient finir par user l’incroyable résilience des Turcs. Avec une inflation oscillant entre 50 % et 85 % selon les mois, une monnaie en chute libre et des signes chaque jour un peu plus visibles d’un accroissement de la pauvreté, le temps semblait compté pour le président sortant, qui remettra son mandat en jeu lors de l’élection présidentielle prévue le 14 mai. Si on ajoute à cela la dérive autoritaire toujours plus prononcée du pouvoir et l’alliance de six partis de l’opposition rassemblés pour la première fois autour d’un agenda commun de démocratisation, l’épilogue allait de soi.

Seulement voilà, en Turquie, la politique n’est jamais linéaire. Après avoir dévissé dans les sondages au printemps, le chef de l’Etat a repris plus de sept points sur ses adversaires. La « table des six », la coalition anti-Erdogan, n’a toujours pas trouvé de dynamique porteuse, après dix mois de conciliabules. Contrairement aux élections municipales de 2019, quand elle s’était rassemblée contre les candidats de l’AKP et leurs alliés du Parti d’action nationaliste (MHP, extrême droite), « elle semble aujourd’hui se battre contre elle-même plutôt que contre le gouvernement », résume Murat Yetkin, ancien éditorialiste du journal Hürriyet, fin commentateur de la vie politique turque.

« Economie électoraliste »

Les obstacles se sont accumulés. Recep Tayyip Erdogan, maître de tous les leviers de l’Etat, a fait, une nouvelle fois, et comme avant chaque échéance électorale, un usage immodéré de la puissance publique. Le pouvoir judiciaire n’a eu de cesse de harceler ses opposants et les caisses de l’Etat ont été très largement mises à contribution. A l’automne, le président a promis la construction de 500 000 logements sociaux accessibles à des taux plus qu’attractifs. Près d’un demi-million de personnes employées comme vacataires dans la fonction publique ont été titularisées. Le salaire minimum a été revalorisé de 50 % fin décembre, soit la troisième augmentation en un an. Et plus de deux millions de travailleurs ont vu l’âge de leur retraite abaissé, sans qu’un des ténors de l’opposition n’y trouve à redire, ou presque.

« Quand on pose la question, personne n’est convaincu que l’opposition soit en mesure de rétablir l’économie », Özer Sencar, directeur de la société de sondages MetroPOLL

« Erdogan est en campagne depuis l’été dernier, souligne Özer Sencar, le directeur de la société de sondages MetroPOLL. Il met en application une économie électoraliste. Il utilise les ressources publiques, qui existent ou non, pour distribuer des avantages aux électeurs. En ce moment, il y en a pour tout le monde. Erdogan est certes très affaibli au vu de la situation du pays, mais quand on pose la question, personne n’est convaincu que l’opposition soit en mesure de rétablir l’économie. »

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