En Tunisie, un nouveau féminicide souligne les défaillances de la loi contre les violences faites aux femmes

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Lorsque Wejdane Essbii, 33 ans, reçoit un appel de son frère, le 29 octobre, depuis leur ville natale du Kef, dans le nord-ouest de la Tunisie, elle ne comprend pas immédiatement le drame qui vient de se dérouler. « Il y a eu un incendie chez notre sœur, il faut que tu viennes », lui dit-il. Celle-ci, Wafa, une institutrice de 40 ans, a été battue et brûlée vive par son ex-époux, dont elle venait de divorcer quatre jours plus tôt.

« Le médecin légiste nous a dit qu’elle n’avait pas souffert des brûlures car elle était apparemment déjà inconsciente à cause des coups, lorsqu’il a mis le feu à son corps », explique Wejdane Essbii d’une voix tremblante, toujours incapable de concevoir « cet acte inimaginable ».

La famille dit n’avoir pas eu connaissance des violences au sein de ce couple, parents de deux adolescents. Wafa Essbii avait annoncé un an plus tôt son intention de divorcer de son mari, un agent des douanes, mais sans donner d’explications. « Elle était très discrète et nous a demandé de respecter le fait que c’était une affaire privée. Je crois qu’elle a essayé de préserver ses enfants jusqu’au bout », insiste sa sœur, médecin au SAMU à Tunis.

Un cas emblématique

Ce meurtre a suscité une vague de colère auprès des organisations féministes tunisiennes qui ont organisé une marche blanche au Kef samedi 5 novembre. Un hommage à la victime mais aussi l’expression d’un ras-le-bol face aux défaillances dans l’application de la loi sur les violences faites aux femmes, votée en 2017. Dans la région du Kef, il s’agit du troisième féminicide en un an. En mai 2021, la mort de Refka Cherni abattue par son mari alors qu’elle venait de porter plainte pour violences avait suscité un tollé dans tout le pays.

Lire aussi « Tu retires ta plainte ou je t’égorge » : en Tunisie, un féminicide ravive le débat sur les violences faites aux femmes

Karima Brini, présidente de l’association locale Femme et citoyenneté au Kef et présente à la marche du 5 novembre, qui a réuni une cinquantaine de femmes et une poignée d’hommes, déplore le manque de changement depuis le décès de Refka Cherni. « Il y a toujours un problème dans la mise en application des mécanismes de protection prévus par la loi », précise-t-elle. Elle admet que l’affaire a tout de même amélioré la réactivité du parquet : « Le substitut du procureur enclenche assez vite des mesures de protection d’urgence provisoires et près de 75 % des requêtes des victimes qui passent par nous sont traitées », ajoute-t-elle.

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