En Suisse, de l’ADN en spray pour des produits 100 % traçables

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LETTRE DE ZURICH

Pour comprendre comment et pourquoi la Suisse se classe, chaque année depuis douze ans, en tête du classement des économies les plus innovantes de la planète dressé par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, il faut parfois prendre des chemins de traverse. Comme celui qui nous mène dans une improbable ancienne zone industrielle en bordure de voies ferrées, entre la métropole financière de Zurich et la vieille cité industrielle de Winterthur. Ici, sur le site de l’ancienne usine en brique rouge qui vit naître, en 1886, les mythiques cubes de bouillon Maggi, on est passé à tout autre chose : l’endroit abrite un incubateur de start-up, parmi lesquelles Haelixa.

Cette jeune société, fondée en 2016, occupe une vingtaine de salariés de nationalités diverses et, comme souvent dans le pays, les Suisses y sont minoritaires. Mais presque tous les individus qui gravitent sur deux étages de laboratoires studieux sont issus de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, un institut qui, tout comme son homologue romand de Lausanne, s’est hissé ces vingt dernières années au sommet des palmarès internationaux d’excellence dans la recherche. Cofondatrice et PDG, Michela Puddu, est italienne. Après des études de chimie à Rome, elle a poursuivi à Zurich avec un doctorat sur la génétique appliquée. « En principe, dit-elle, on peut tout marquer avec de l’ADN. Nous avons commencé avec les pierres précieuses, mais maintenant notre principal secteur concerne le textile. »

De quoi s’agit-il ? D’une invention plutôt révolutionnaire : un liquide invisible qu’il suffit de pulvériser sur une matière première, quelque part sur la planète, et que l’on retrouvera tout au long de la chaîne de valeur, sans risque de dilution ou de disparition.

« D’immenses perspectives »

Prenons l’exemple du coton. Concrètement, un ADN peut être créé en laboratoire, à la demande, pour chaque origine géographique ou type de production (bio, recyclage). Une récolte au centre du Pakistan chez un cultivateur respectueux de normes environnementales strictes, et certifié comme tel par un vérificateur agréé, est ainsi marquée grâce au « sprayage » d’un ADN ad hoc. La fibre initiale subit ensuite toutes les étapes de sa transformation en fil, avant blanchissage, teinture, lavage. A ce stade, ce coton pakistanais peut parfaitement transiter par un atelier de « fast fashion » au Bangladesh, qui respecterait mieux les règles de travail et de sécurité que la moyenne, lui aussi audité et, à son tour, être marqué d’un autre ADN spécifique.

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