En Suède, la jeune libérale Romina Pourmokhtari accusée d’avoir vendu son âme pour un poste de ministre

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LETTRE DE MALMÖ

Un observateur averti de la vie politique ­suédoise aurait dû voir les signes. Ces quelques mots – « combat les racistes, les sociaux-démocrates et le patriarcat » – supprimés soudain du profil Twitter de Romina Pourmokhtari.

Et cette tribune où son nom a brillé par son absence. Signé de la direction de la Fédération de la jeunesse libérale (LUF), dont Romina Pourmokhtari est pourtant la présidente, ce texte a été publié dans le journal Expressen, le 14 septembre, après la présentation de l’accord de coalition entre les trois partis de droite (conservateurs, chrétiens-démocrates et libéraux) et les Démocrates de Suède (extrême droite, SD).

Il appelait à voter contre la nomination au poste de premier ministre du conser­vateur Ulf Kristersson, artisan du rapprochement sans précédent de la droite traditionnelle et du camp nationaliste aux élections législatives du 11 septembre. Un coup d’épée dans l’eau : le 17 octobre, ce dernier était élu à la tête du gouvernement avec les voix de tous les députés de sa majorité, y compris des seize libéraux. Dont la voix de Romina Pourmokhtari.

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En mai 2020, la jeune femme avait pourtant tweeté : « Ulf Kristersson sans SD – absolument. Ulf Kristersson avec SD – non merci. » Alors comment expliquer ce virage à 180 degrés ? La réponse est arrivée le 18 octobre, avec la présentation du nouveau gouvernement. A la surprise générale, Romina Pourmokhtari est nommée ministre du climat et de l’environnement et devient ainsi, à 26 ans, la plus jeune ministre de l’histoire de Suède.

A peine son nom était-il prononcé que la polémique était lancée : le chef du gouvernement ainsi que Johan Pehrson, devenu ministre du marché du travail et de l’intégration, sont accusés d’avoir acheté son silence.

Chemise blanche au col montant sous un costume noir, ses boucles brunes rassemblées dans un chignon, Romina Pourmokhtari martèle, devant les caméras : « Mes convictions idéologiques sont toujours les mêmes. » Alors pourquoi avoir accepté de siéger au sein du premier gouvernement ­suédois formé avec le soutien de l’extrême droite ? La jeune ministre botte en touche et répond qu’elle ne pouvait pas refuser ­l’opportunité de « travailler pour l’environnement et le climat ».

Revirement de stratégie

Mais Romina Pourmokhtari s’est surtout engagée sur les questions scolaires et n’a aucune expérience dans le domaine de l’environnement ou du climat. Et ses marges de manœuvre s’annoncent limitées, constatent militants écologistes et climatologues. Car, pour la première fois depuis 1987, le ministère de l’environnement perd son indépendance et passe sous la tutelle du ministère de l’énergie et de l’industrie, dirigé par la très populiste leader des
chrétiens-démocrates Ebba Busch, numéro deux du gouvernement, qui n’a jamais fait du climat une priorité.

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