En Serbie, l’étau se resserre sur les opposants russes en exil

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Les Russes de Belgrade ont pris l’habitude de donner rendez-vous dans un de ces nouveaux restaurants servant leur cuisine nationale qui se sont multipliés dans la capitale serbe depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022. Ce pays des Balkans est devenu un des principaux lieux d’exil des dizaines de milliers de Russes qui ont fui la répression et les ordres de mobilisation dans leur pays. Avec son fort sentiment prorusse et son refus de s’aligner sur les sanctions européennes, la Serbie est paradoxalement un des derniers Etats d’Europe à leur rester ouvert, sans visa et par vol direct depuis Moscou.

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Mais cet exil serbe au parfum si étrange pour nombre d’opposants à Vladimir Poutine semble désormais toucher ses limites. Lundi 4 septembre, autour d’un plat de pelmenis, ces raviolis russes traditionnels, Vladimir Volokhonsky et Peter Nikitine ne cachent pas leur peur que la Serbie se transforme en piège. Arrivé en mai 2022, M. Volokhonsky, toujours officiellement conseiller d’arrondissement d’opposition à Saint-Pétersbourg même s’il a quitté la Russie depuis plus d’un an, est le premier à avoir senti le vent du changement. « J’ai voulu renouveler mon permis de séjour en mai, mais après plusieurs mois d’attente sans réponse, on a fini par me dire fin juillet que je représentais un risque pour la sécurité nationale », raconte cet analyste de données, âgé de 44 ans, qui a atterri en Serbie un peu par hasard après avoir d’abord fui son pays natal pour l’Ouzbékistan.

A ses côtés, Peter Nikitine, lunettes et air sérieux, assure, lui, avoir été retenu par la police serbe à l’aéroport de Belgrade au retour d’un voyage au Portugal en juillet. Après avoir attendu des heures en zone d’attente, la police a fini par expliquer à cet interprète juridique, qui a fait toutes ses études en Europe, « que la BIA [Bezbednosno Informativna Agencija, les services de renseignement serbes] avait émis une interdiction d’entrer » dans ce pays où il réside pourtant avec sa famille depuis 2020. Il lui a fallu alerter les médias locaux et l’ambassade des Pays-Bas, dont il est aussi un ressortissant, pour pouvoir regagner son domicile.

Hostilité de passants

« Je n’ai aucun doute que cela est dû à mes activités », assure M. Nikitine. Les deux hommes sont en effet connus en Serbie pour avoir fondé ensemble, à l’automne 2022, la Société démocratique russe, une petite association qui tente de mobiliser la communauté russe locale. A la tête d’une page Facebook et d’un fil Telegram suivis par plusieurs milliers de personnes, ils arrivent à réunir régulièrement leurs concitoyens pour dénoncer la guerre dans les rues de Belgrade. Une gageure dans une Serbie qui cultive des liens historiques et culturels forts avec Moscou, en raison de son soutien inconditionnel pendant les guerres des Balkans.

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