En Russie, le sauvetage en direct de quatre sœurs daghestanaises menacées d’un « crime d’honneur »

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LETTRE DE MOSCOU

« Je suis Aminat Gazimagomedova, née en 1998. Je me trouve à la frontière avec la Géorgie et je demande qu’on ne me remette pas à mes proches, qui me recherchent pour me tuer. » Il est un peu plus de 19 heures, samedi 29 octobre, lorsque les visages de quatre sœurs apparaissent pour la première fois au public russe – d’abord sur des chaînes Telegram spécialisées, puis rapidement sur les sites d’information indépendants, qui fonctionnent pour l’essentiel de l’étranger.

Aminat et les autres s’expriment dans une courte vidéo, aussi simple que glaçante, envoyée aux défenseurs des droits de l’homme. Le téléphone passe de main en main, les messages se répètent, à quelques mots près. « Je suis Patimat Khizrieva, née en 2004, je demande qu’on ne me remette pas à mes parents. Ils peuvent me tuer. » « Je suis Khadidjat Khizrieva, née en 2002… » « Je suis Patimat Magomedova… »

Pendant une nuit, les centaines de milliers de Russes qui s’informent sur des chaînes Telegram indépendantes vont oublier les soubresauts du conflit en Ukraine pour suivre avec angoisse les turpitudes des quatre sœurs daghestanaises. En réalité, il y a là deux sœurs et leurs cousines, mais l’appellation « frères » et « sœurs » est fréquemment utilisée en russe pour parler de cousins et de cousines.

Une loi décriminalisant les « violences contre les proches »

Les quatre vivent un moment dramatique. Fuyant des violences domestiques systématiques, elles cherchent à quitter la Russie et la perspective qu’elles estiment quasi certaine d’un « crime d’honneur ». Dans les républiques musulmanes du Caucase du Nord, la pratique est répandue pour celles qui ont fauté ou celles qui ont « déshonoré » leur famille en fuyant.

Aminat, Khadidjat et les deux Patimat sont majeures. Pourtant, cela fait cinq heures qu’on les retient au poste-frontière de Verkhnii Lars, entre l’Ossétie du Nord et la Géorgie. Les douaniers leur ont d’abord demandé, de manière parfaitement irrégulière, si elles avaient l’autorisation de leurs proches pour voyager. Depuis, ils multiplient les prétextes pour les retenir. Les jeunes filles auraient des crédits impayés – prévoyantes, elles produisent les documents qui balaient cette affirmation. Prétexte suivant : elles seraient recherchées sur la base d’accusations de vol…

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En réalité, les gardes-frontières attendent des instructions de leur hiérarchie. Surtout, ils ont prévenu les parents et les attendent. A 19 h 30, six heures après leur arrivée à Verkhnii Lars, les quatre sœurs sont placées dans une cellule, en centre de rétention.

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