En Malaisie, l’ex-premier ministre Muhyiddin inculpé pour corruption

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Après avoir envoyé derrière les barreaux en août dernier pour 12 ans, l’ancien premier ministre Najib Razak, la justice malaisienne a inculpé le 11 mars pour corruption l’un de ses successeurs, l’ex-premier ministre Muhyiddin Yassin et actuel chef de l’opposition. Arrêté le 10 mars, puis libéré sous caution, M. Muhyiddin, qui fut premier ministre durant le Covid, de mars 2020 à août 2021, est visé par une enquête de l’agence anticorruption malaisienne (MACC) portant sur des rétrocommissions qu’aurait encaissées son parti, Bersatu, dans le cadre de la manne de subventions accordées par son gouvernement durant la pandémie.

Agé de 75 ans, M. Muhyiddin est visé par quatre chefs d’accusation pour abus de pouvoir, portant sur l’équivalent de 50 millions d’euros, et de deux autres pour blanchiment d’argent – soit une fraction des milliards déboursés au nom du soutien de l’économie durant le Covid. Il risque vingt ans de prison. L’enquête a conduit depuis mi-février au gel de comptes de Bersatu, à des perquisitions et à l’inculpation de trois autres dirigeants du parti.

Ce coup de théâtre intervient trois mois à peine après les élections de novembre, qui ont mis en selle pour la première fois comme premier ministre le réformiste Anwar Ibrahim à la tête d’une coalition hétéroclite. Survivant de la politique malaisienne, plusieurs fois emprisonné, M. Anwar avait fait campagne au nom de la lutte anticorruption et d’une Malaisie multiculturelle et progressiste. Or, pour l’emporter sur la coalition menée par Muhyiddin, il avait dû pactiser au sortir du scrutin avec son ennemi juré, l’Organisation nationale de l’unité des Malais (UMNO), l’ex-parti au pouvoir des années 1960 à 2018 et au centre de toutes les affaires de corruption de ces dernières années – dont le scandale du fonds souverain 1MDB qui a conduit à la chute de Najib Razak.

Doctrine suprémaciste

M. Muhyiddin s’était lui efforcé d’apparaître durant les élections comme une version propre de l’UMNO, parti dont il partage la doctrine suprémaciste de défense de la majorité malaise au détriment des minorités chinoises et indiennes, tout en s’alliant avec la formation conservatrice montante de la politique malaisienne, le parti des islamistes.

Le programme épinglé par la MACC était conçu pour orienter les appels d’offres des subventions du temps du Covid vers des sociétés dirigées et détenues par des « Bumiputras », c’est-à-dire les citoyens « autochtones », en majorité les Malais, par opposition aux Malaisiens d’origine chinoise ou indienne, en vertu de la politique de discrimination positive pratiquée en Malaisie. Sauf que les règles des appels d’offres gouvernementaux ainsi que les procédures de sélection n’étaient pas respectées.

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