En Malaisie, Anwar Ibrahim, de la prison au palais

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Anwar Ibrahim, le chef de la « coalition de l’espoir » (Pakatan Harapan), victorieuse en nombre de sièges (82) aux élections du 19 novembre en Malaisie mais en deçà du seuil nécessaire ( de 112 sièges) pour former une majorité, a été désigné premier ministre, jeudi 24 novembre, après quatre jours d’incertitudes et de négociations.

Pour M. Anwar, 75 ans, cette victoire en demi-teinte a le goût d’une revanche politique et personnelle : il aura fallu vingt ans de combats politiques dont une dizaine d’années passées en prison, souvent à l’isolement, pour que ce réformateur malais et musulman, champion du mouvement « reformasi » (fin des années 1990, début des années 2000) qui prône une Malaisie multiculturelle et plus inclusive, accède à Putrajaya, le siège du gouvernement en périphérie de Kuala Lumpur. Il fait face à un défi de taille : réformer un système qui avantage l’ethnie malaise, majoritaire, au détriment des communautés chinoises (23 % de la population) et indienne (7 %), sans s’aliéner celle-ci, dans un contexte de montée de l’Islam politique et de courants fondamentalistes dans ce pays musulman à 63 %.

« Besoin d’un gouvernement stable »

L’absence de majorité au sortir des urnes, samedi 19 novembre au soir, avait donné le coup d’envoi, en coulisses, à d’âpres négociations entre les deux coalitions les mieux placées, celle de M. Anwar, et celle de l’ex-premier ministre Muhyiddin Yassin (2020-2021), pour rallier la troisième d’entre celle, dite du Front national (Barisan nasional), centrée autour de l’Organisation nationale de l’unité des Malais (UMNO), le parti dirigeant historique de la fédération malaisienne. Son chef, Zahid Hamidi, un ancien proche d’Anwar visé par des accusations de corruption, s’est d’abord rallié à la « coalition de l’espoir » mais a dû faire face à une fronde au sein de son parti.

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Finalement, le roi Abdullah – l’un des neuf sultans issus des Etats de la Fédération de Malaisie qui se succèdent tous les cinq ans –, après consultation avec ses homologues jeudi matin, a décidé de confier à Anwar le droit de former un « gouvernement de l’unité » avec les parlementaires de l’Umno et de plusieurs partis de l’île de Bornéo. « Le peuple ne peut pas subir une agitation politique sans fin alors que le pays a besoin d’un gouvernement stable pour restaurer l’environnement économique et le développement national », précise un communiqué royal. M. Anwar a été investi premier ministre par le roi à l’Istana Negara, la résidence officielle du monarque.

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