En Israël, le premier ministre, Yaïr Lapid, espère prolonger son sursis à la tête du pays

0
12

Depuis quatre mois, Yaïr Lapid est un premier ministre en sursis. Sans majorité, il gère les affaires courantes jusqu’aux législatives du 1er novembre. Aucun sondage ne le donne vainqueur. Son règne, le plus court de l’histoire d’Israël, n’est pour l’heure qu’une parenthèse dans une crise politique sans fond, qui a déjà produit quatre élections depuis avril 2019.

Pourtant, M. Lapid ne cesse de répéter à son entourage qu’il n’a pas à vaincre : il lui suffit d’empêcher une dernière fois Benyamin Nétanyahou de s’imposer. Il prouverait alors que la majorité du « roi Bibi » s’est définitivement évanouie. Pour ou contre M. Nétanyahou : Israël s’est embourbé dans une guerre de tranchées depuis quatre ans, tandis que son procès pour corruption se poursuit depuis mai 2020.

Retrait de la vie politique

En juin 2021, M. Lapid est parvenu à briser cet équilibre, en rassemblant une coalition de huit partis. Leur expérience a tourné court. La coalition a volé en éclats à l’été 2022. Naftali Bennett, le chef d’une petite formation religieuse d’extrême droite, à qui M. Lapid avait laissé un temps la tête du gouvernement pour se charger des affaires étrangères, s’est retiré de la vie politique, brûlé, amer.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Israël : Yaïr Lapid, premier ministre par intérim après la dissolution de la Knesset

A la tête du parti centriste Yesh Atid (« Il y a un futur »), qu’il a fondé en 2012, M. Lapid est un admirateur d’Emmanuel Macron, auquel il a rendu visite par deux fois depuis un an. Il se veut un gardien de l’ordre démocratique face « aux forces sombres, illibérales » que déchaînent, selon lui, M. Nétanyahou et son « bloc » d’alliés ultraorthodoxes et suprémacistes juifs. Il considère leur promesse de réformer l’institution judiciaire comme « une attaque, menée avec l’ambition de la démanteler et de la détruire ». Il y voit une manière pour les partisans des colonies de briser la digue qui limite leur expansion et, pour les alliés de M. Nétanyahou, de mettre fin à son procès.

Incarner une forme de « normalité »

Depuis l’été, cet ancien journaliste et vedette de télévision s’est évertué à incarner une forme de « normalité » au pouvoir. Son conseiller, l’expert en sondages Mark Mellman, lié au Parti démocrate américain, l’a convaincu qu’une majorité d’Israéliens ne souhaite pas voir leur premier ministre chaque soir à l’écran. Ils veulent un pouvoir compétent, efficace et apaisé. Dont acte. M. Lapid n’a lancé sa campagne que deux semaines avant le scrutin.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Israël, la campagne éclair du « roi Bibi » pour revenir au pouvoir

Son bilan n’est pas maigre. Aux Israéliens de droite, soucieux de sécurité, il fait valoir l’opération militaire menée à Gaza, en août, contre le Jihad islamique palestinien. Il fait grand cas de l’accord sur la frontière maritime avec le Liban, signé jeudi, qui permettra à Israël d’exploiter le champ gazier de Karish. Il a fait savoir que tous les chefs des organes de sécurité approuvaient ce « deal ». M. Nétanyahou y voit un abandon de souveraineté et une démonstration de faiblesse face au Hezbollah libanais. Mais il ne laisse plus croire qu’il l’enterrera s’il revient au pouvoir. M. Lapid se félicite enfin d’avoir modéré une inflation galopante et d’avoir mis fin à une grève des professeurs.

Il vous reste 45.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici