En Iran, « mieux vaudrait abolir le journalisme » suggère la Commission des journalistes

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Depuis le début du soulèvement en Iran, le 16 septembre, les autorités iraniennes ont arrêté cinquante et un journalistes, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Treize ont été relâchés sous caution et attendent aujourd’hui leur procès. Parmi les journalistes encore derrière les barreaux, Niloufar Hamedi et Elaheh Mohammadi se trouvent dans une situation particulièrement inquiétante.

Dans un communiqué conjoint des gardiens de la révolution, l’armée idéologique du pays, et du ministère de renseignement – les deux principaux services secrets en Iran –, les deux jeunes Iraniennes ont été accusées d’espionnage à la solde des Américains. Il leur est notamment reproché d’avoir « provoqué les proches » de Mahsa Amini, entre autres. Le communiqué, publié le 28 octobre, indique que les manifestations en cours en Iran sont le résultat d’une conspiration des « services secrets des pays étrangers ».

Niloufar Hamedi, âgée de 31 ans, a été l’une des premières journalistes à s’être rendue à l’hôpital de Kasra à Téhéran, où était hospitalisée Mahsa Amini, tombée dans le coma à l’issue de sa garde à vue pour ses vêtements jugés « non conformes » par la police des mœurs. La mort de cette Iranienne de 22 ans, d’origine kurde, a provoqué une vague inédite de contestation en Iran qui se poursuit dans les universités. Elle a déjà fait au moins 287 victimes civiles, dont 46 enfants, à en croire Human Rights Activists News Agency (HRANA).

Vague de soutien

Travaillant pour le quotidien réformateur Shargh, Niloufar Hamedi avait notamment publié sur son compte Twitter la photo des parents de Mahsa Amini en train de s’enlacer dans le couloir de l’hôpital. Elaheh Mohammadi, elle, a couvert, le 18 septembre, l’enterrement de la jeune femme à Saqqez, sa ville natale, dans le Kurdistan iranien (ouest). Son reportage a été publié en « une » du quotidien Hammihan. Les deux femmes ont été arrêtées quelques jours plus tard à Téhéran. Elles sont depuis lors détenues dans la prison tristement célèbre d’Evin, située dans le nord de la capitale. En Iran, l’espionnage est passible d’une peine allant jusqu’à dix ans de prison.

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La mise en cause directe de ces deux journalistes par les services secrets iraniens a provoqué une vague de soutien sans précédent. La Commission des journalistes iraniens, qui a condamné le traitement réservé aux journalistes et notamment à leurs deux collègues, a proposé aux autorités iraniennes une solution radicale : dans les conditions actuelles, mieux vaudrait « interdire le journalisme ».

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