En Indonésie, ruée vers le nickel, or noir du futur

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C’est un entrelacs de tapis roulants suspendus, de ponts routiers et de boyaux qui relient les bâtiments de vingt-quatre fonderies à un port en eau profonde, où s’activent une demi-douzaine de grues. Le parc industriel indonésien de Morowali (IMIP, selon son acronyme anglais), tout entier consacré à l’industrie du nickel et de ses dérivés, offre un spectacle à couper le souffle. Au-delà des flancs bétonnés des collines où une nouvelle centrale électrique est en chantier, on aperçoit au moins quatre usines à différents stades de construction. Au nord du parc, un aérodrome privé réservé au personnel des entreprises, entré en fonctionnement en 2019, déroule sa piste de 1,8 kilomètre sur les anciennes rizières.

Autour, noyée sous un flot de scooters que pilotent des ouvriers en uniforme gris et casque jaune, une ville-champignon a remplacé le village de pêcheurs de Bahodopi, qui comptait une centaine de maisons entre la côte limoneuse et la forêt, il y a dix ans à peine. Sur une trentaine de kilomètres se succèdent des enfilades de chambres de plain-pied ou surmontées d’un étage, des bouis-bouis et des boutiques aux enseignes criardes. Ici, on vend des bottes en caoutchouc et des casques ; là, des écouteurs et des cartes SIM. Ailleurs, on lave les motocyclettes ou on les répare. Ces commerçants venus de toute l’Indonésie ne veulent pas rater le phénomène du moment : la ruée vers le nickel.

Si la frénésie s’est ainsi emparée de l’est de l’île indonésienne de Célèbes (Sulawesi), c’est que ce minerai, dont près de 70 % de la production sert à fabriquer de l’acier inoxydable, entre aussi dans la composition des batteries lithium ion, en particulier celles des véhicules électriques. Or, l’Indonésie en possède les plus grosses réserves au monde : près du quart, 21 millions de tonnes, selon le Nickel Institute. Présent sous forme de latérite, dont la teneur en nickel est plus faible que les minerais sulfureux russes, australiens ou canadiens, il est susceptible d’être valorisé par des procédés métallurgiques pour en tirer les sulfates nécessaires aux batteries.

Un maillon des « nouvelles routes de la soie »

Les besoins sont pressants. Les fabricants sont sous la pression des dates butoirs fixées par les pays occidentaux pour interdire la vente des moteurs thermiques – en 2030 pour le Royaume-Uni, cinq ans plus tard pour l’Union européenne. La guerre en Ukraine a, en outre, bouleversé le marché, même si, pour l’instant, le nickel russe n’est pas visé par des sanctions. A l’ère de la réduction des émissions de carbone, son potentiel de « nouvel or noir » n’a échappé à personne. Et l’Indonésie, immense archipel de 275 millions d’habitants qui inventa le concept du non-alignement, lors de la conférence de Bandung, en 1955, se trouve désormais au cœur de nouveaux enjeux géopolitiques.

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