En Inde, de nombreux opposants politiques dans le viseur du pouvoir

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LETTRE DE NEW DELHI

Il ne fait pas bon être un opposant politique en Inde. Les mésaventures du numéro deux du gouvernement de Delhi en sont une nouvelle preuve. Manish Sisodia, 51 ans, a été arrêté le 26 février par le Bureau central d’investigation (CBI), une agence gouvernementale chargée des enquêtes criminelles. L’homme a été jeté en prison pour une escroquerie présumée sur la politique de vente d’alcool dans la capitale, promulguée en 2021. A l’appui de son arrestation, les enquêteurs ont soutenu que l’élu avait fourni « des réponses évasives » lors des interrogatoires.

L’élu, qui nie toute irrégularité, a démissionné de toutes ses fonctions. Il détenait dix-huit portefeuilles, dont l’éducation, qui l’a rendu populaire. Sous son impulsion, Delhi a investi massivement dans la construction et la rénovation d’écoles publiques.

Devant un tribunal de Delhi, samedi 4 mars, Manish Sisodia, qui demandait sa libération sous caution, a affirmé devant les magistrats que les interrogatoires menés par les agents du CBI duraient de huit à dix heures par jour. « On me pose les mêmes questions du matin au soir, toute la journée. A mes yeux, c’est du harcèlement mental. » Le tribunal a décidé de prolonger sa détention provisoire.

Arrestations médiatiques et perquisitions spectaculaires

Ancien journaliste, il est devenu le numéro deux de l’Aam Aadmi Party (AAP), le Parti de l’homme ordinaire, créé en 2012 pour lutter contre la corruption et dirigé par Arvind Kejriwal, le chef de gouvernement de Delhi, dont il est le lieutenant. Cette jeune formation a conquis en 2015, la capitale, New Delhi, 20 millions d’habitants, écrasant les deux grands partis traditionnels de droite et de gauche et infligeant au premier ministre indien son premier revers électoral. Cinq ans après, en 2020, Narendra Modi, au terme d’une campagne particulièrement agressive des représentants de son parti, avait espéré reprendre la capitale mais Arvind Kejriwal avait facilement emporté les suffrages des habitants.

Fort de son succès, ce dernier a décidé de lancer son parti à la conquête d’autres Etats de l’Inde, pour tenter de s’imposer comme une composante majeure de l’opposition à M. Modi et mettre fin à la bipolarisation de la politique indienne, dominée par le Bharatiya Janata Party (BJP) à droite et le parti du Congrès à gauche. En mars 2022, il a réussi, à la surprise générale, à gagner l’Etat du Penjab, en mettant en échec la formation du premier ministre.

Arvind Kejriwal soupçonne le BJP de vouloir saboter le travail de son gouvernement. « Le scandale de l’alcool est une excuse, la corruption n’est pas le problème. Le motif était d’arrêter le bon travail des ministres », a-t-il accusé. En mai 2022, il avait déjà perdu son ministre de la santé, Satyendar Jain, arrêté pour blanchiment d’argent présumé. L’élu croupit depuis en prison.

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