« En France, la nomination de Pap Ndiaye a soulevé de la suspicion, alors qu’au Royaume-Uni celle de Rishi Sunak a été célébrée »

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Cherchez l’erreur. En France, la nomination par Emmanuel Macron du premier Noir au poste de ministre de l’éducation nationale, en mai, a déclenché un déluge de critiques et d’insultes. « Un choix terrifiant », a attaqué Marine Le Pen. Agent de la « déconstruction de notre pays », « racialiste », « indigéniste », « islamo-gauchiste » : la lapidation verbale de l’historien a été d’une rare violence. Ses positions, à la fois universalistes et sensibles aux questions d’inégalités et de discriminations, ont été caricaturées, falsifiées, son attachement à la République questionné.

Ce n’est pas l’étonnante irruption en politique d’un universitaire qui a suscité des débats, mais son prétendu rapport à la race, à la nation et à la République. Comme si l’accession au fauteuil de Jules Ferry, poste le plus emblématique de la République, d’un Français métis, de père sénégalais et de mère française, relevait de l’offense. Comme si les acquis de la France en matière de « diversité » étaient terriblement fragiles.

Au Royaume-Uni, cette « diversity » a été bruyamment célébrée, le 24 octobre, avec la nomination du premier premier ministre britannique d’origine indienne, Rishi Sunak. Qu’un Hindou revendiqué prenne les rênes d’un pays qui a régné sur l’Inde pendant près de deux siècles, et le pays se congratule de sa capacité à s’ouvrir au monde. Une autocélébration bienvenue dans un royaume en pleine tourmente. Le Times a salué l’« extraordinaire changement d’attitude [du pays] à l’égard de la race », tempérant à peine l’emphase de Sajid Javid. Pour cet ancien ministre d’origine pakistanaise, le Royaume-Uni n’est rien moins que « la démocratie multiculturelle la plus réussie du monde ».

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Alors que la nomination de Pap Ndiaye a soulevé de la suspicion, celle de Rishi Sunak a été célébrée. Le contraste apparaît d’autant plus saisissant que tous deux ont des points communs : nés en Europe, ils ont reçu une éducation dans des établissements d’élite (lycée Henri-IV, Ecole normale supérieure et université de Virginie pour l’un ; école privée, Oxford et Stanford pour l’autre) et personnifient chacun le succès de la méritocratie. Les cultures de leur pays respectif les amènent cependant à se présenter différemment : « Je suis profondément britannique (…) mais mon héritage culturel est indien », dit le Britannique. « Il n’y a pas plus républicain que moi », déclare le Français.

Discriminations persistantes

Alors que la France égalitaire se prétend aveugle aux origines et conteste l’idée de race, le Royaume-Uni est souvent présenté comme « communautariste » et sévèrement cloisonné. La réalité, plus complexe, est qu’en France, le tabou sur la « race » n’empêche pas, chez certains, une véritable obsession pour la couleur de la peau. Avoir la peau foncée conduit à être soupçonné de déloyauté républicaine et sommé de s’en défendre. Au Royaume-Uni, on est à l’aise avec l’« ethnicité » qui est prise en compte dans les statistiques officielles. L’éloge de la diversité raciale, qui fait l’objet d’une éducation dans le cadre scolaire, y est à la fois plus explicite et plus banal qu’en France.

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