En Equateur, la crise pénitentiaire menace de tourner à la crise politique

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La violence s’est installée dans les prisons, les rues et le débat politique équatoriens. La crise qui secoue le pays depuis le 1er novembre a démarré dans la prison du Littoral, à Guayaquil, le grand port industriel du pays devenu l’épicentre du trafic de cocaïne. Dans les heures et les jours qui ont suivi, six policiers ont été assassinés, deux corps ont été retrouvés décapités et pendus à un pont, plus d’une vingtaine d’attentats à l’explosif ou à l’arme à feu ont été perpétrés contre des postes de police et des stations-service. Lundi 7 novembre, cinq détenus ont été assassinés dans la prison d’El Inca, dans le nord de Quito. Selon les autorités, les rivalités entre gangs seraient une fois encore à l’origine du massacre. Des échanges de tirs ont encore été entendus dans la prison du Littoral.

« Ces faits de violence sont une déclaration de guerre ouverte contre l’Etat de droit, le gouvernement et les citoyens », avait déclaré le président Guillermo Lasso (droite), au soir du 1er novembre. Il a immédiatement décrété l’état d’exception assorti d’un couvre-feu nocturne, dans les provinces côtières de Guayas (dont Guayaquil est le chef-lieu) et d’Esmeraldas, puis dans celle de Santo Domingo de los Tsachila.

C’est la sixième fois que le chef de l’Etat fait usage de ce pouvoir que lui reconnaît la Constitution depuis dix-huit mois qu’il est au pouvoir. Mardi, M. Lasso a dû annuler des vacances en Floride sous la pression d’une opinion publique indignée de son apparente indolence face à la spirale de la violence criminelle dans les prisons et dans les rues. Toutes tendances confondues, l’opposition conteste l’utilité des états d’exception à répétition.

Divisée, la droite exige plus de fermeté de la part de l’exécutif et demande la légalisation du port d’armes. D’aucuns voudraient une solution musclée « à la Nayib Bukele », du nom de l’actuel président salvadorien, qui emprisonne à tour de bras. C’est le cas de la maire de Guayaquil, Cynthia Viteri. Sur les réseaux sociaux, les plus véhéments à droite suggèrent de « bombarder les prisons ». Les défenseurs des droits humains s’inquiètent. La question de la destitution du président Lasso est de nouveau en discussion à l’Assemblée nationale.

Affrontements entre bandes criminelles

Selon la presse locale, la décision de transférer plusieurs centaines de prisonniers de la prison du Littoral à Guayaquil à celle de La Roca aurait déclenché la violente riposte des organisations criminelles. Dans la prison du Littoral, en septembre 2021, les affrontements entre bandes criminelles avaient tourné à la tragédie : cent vingt détenus avaient trouvé la mort en vingt-quatre heures. Au total, ce sont près de quatre cents prisonniers qui ont été tués depuis février 2020. Mais les massacres n’y changent rien : armes, munitions, grenades et explosifs continuent d’entrer dans les établissements pénitentiaires, sous l’œil complice ou terrorisé de l’administration et des gardiens.

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