En Bulgarie, les prorusses donnent le ton de la campagne électorale

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A Sofia, il est une question que les élites pro-occidentales préfèrent éviter de se poser en ce moment : combien des 6,5 millions de Bulgares sont favorables à l’ouverture de négociations avec Gazprom pour que la compagnie russe reprenne ses livraisons de gaz, suspendues depuis avril en raison du refus du gouvernement d’alors de payer en roubles ? Lorsqu’on la lui pose, dans un café de la capitale bulgare, un candidat du camp pro-occidental aux législatives anticipées du dimanche 2 octobre préfère requérir l’anonymat, avant de s’expliquer franchement : « Il faut nous comprendre : 67 % des Bulgares sont prorusses, donc on évite de trop en parler. »

La question d’un éventuel retour du gaz russe dans les tuyaux bulgares est devenue le principal sujet des quatrièmes élections législatives en dix-huit mois en raison de l’incapacité des formations politiques locales, atomisées en plusieurs forces irréconciliables, de composer un gouvernement stable. Alors que la corruption était la première préoccupation des Bulgares en 2021, la kyrielle de partis prorusses de cette nation balkanique, historiquement et culturellement proche de Moscou, a réussi à convaincre les électeurs que négocier avec Gazprom était désormais la priorité ; l’objectif étant de freiner une inflation, qui a atteint le niveau record de 17,7 % en août.

Le pays « vendu aux Américains »

« C’est LA solution contre l’inflation, leur gaz est moins cher, mais tous nos responsables politiques ont vendu la Bulgarie aux Américains. Et les Allemands sont leur marionnette », persifle un militant du parti nationaliste Renaissance, rencontré dans un parc de Sofia où il fait campagne. Rapidement, un cadre du parti vient l’interrompre, lui intime le silence et lui interdit de donner son nom. Dans ce parti dirigé d’une main de fer par Kostadin Kostadinov, surnommé par ses opposants « kopeïkin » (en référence au centime du rouble) en raison de sa proximité affichée avec Moscou, on ne plaisante pas avec la discipline. A en croire les sondages, la formation si peu démocratique, radicalement eurosceptique et anti-OTAN, pourrait faire une percée et dépasser les 10 % des voix.

S’y ajoutent différents partis de gauche, qui plaident aussi pour de meilleures relations avec Moscou malgré la guerre en Ukraine, et citent en exemple la politique prorusse du premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban. « Il a raison quand il dit que son peuple ne doit pas souffrir pour des raisons géopolitiques », théorise par exemple Alexander Simov, un député du Parti socialiste bulgare, une formation issue de l’ancien Parti communiste qui fait ouvertement campagne contre les sanctions européennes. De quoi donner à cet ensemble hétéroclite, baptisé par ses opposants la « coalition Gazprom », « environ 30 % des voix », estime Boriana Dimitrova, directrice du cabinet de sondage Alpha Research. « Ils se font de plus en plus entendre, après avoir été un peu sonnés par le début de la guerre en Ukraine », assure-t-elle.

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