En Afghanistan, le retour de l’ultra-rigorisme taliban

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L’illusion aura fait long feu. Depuis leur retour au pouvoir, le 15 août 2021, les talibans afghans juraient qu’ils n’avaient plus rien à voir avec les islamistes moyenâgeux et brutaux qu’ils étaient lorsqu’ils dirigeaient le pays entre 1996 et 2001. Sans avoir perdu son âme, la théocratie talibane serait, disaient-ils, devenue responsable et capable de composer avec les intérêts du pays et de la population. Dimanche 13 novembre, le chef suprême des talibans, le mollah Haibatullah Akhundzada, a montré qu’il n’en était rien, alors que l’exclusion des femmes de l’espace public s’aggrave.

Dans un tweet publié dimanche soir, le porte-parole du régime, Zabihullah Mujahid, a indiqué que le mollah Akhundzada avait ordonné aux juges de tout le pays « l’application stricte de la charia [loi islamique] ». Il ne s’agit pas d’une simple recommandation émanant d’une autorité religieuse, mais « d’un ordre obligatoire » ayant force de loi. Il s’impose à l’ensemble de la gouvernance talibane. Au rang des sanctions prévues par la charia figurent, notamment, les exécutions publiques, les lapidations ou l’amputation des membres.

Le chef des talibans a précisé, selon le porte-parole : « Examinez soigneusement les dossiers des voleurs, des kidnappeurs et des séditieux (…). Pour ces dossiers dans lesquels toutes les conditions de la charia (…) ont été remplies, vous devez appliquer l’ensemble des sanctions prévues. » L’interprétation de la charia par les talibans conduit à sanctionner par des châtiments corporels les délits considérés comme les plus graves : l’adultère ou sa fausse dénonciation, la consommation d’alcool, le vol, le banditisme, l’apostasie ou la rébellion.

Une ségrégation stricte

Si les images de flagellations en pleine rue d’hommes ou de femmes ont déjà été publiées depuis le retour des talibans, ces pratiques ne semblent pas encore avoir eu cours sur tout le territoire. D’après un cadre de l’ONU en poste à Kaboul, le mode d’administration de la justice peut encore varier d’une province à l’autre, selon l’ethnie locale, l’implantation talibane ou la volonté des autorités de ne pas se mettre à dos une population rétive à sa pratique de l’islam. De même, des mollahs peuvent être présents dans les postes de police dès l’étape de l’enquête, comme à Kaboul, afin d’orienter les décisions en fonction de la seule charia.

Le régime taliban revient donc à l’application ultra-rigoriste de l’islam, qui avait marqué son premier passage au pouvoir et l’avait mis au ban de la communauté internationale. Voulant échapper au même sort, ses dirigeants avaient multiplié, depuis l’automne 2021, les déclarations rassurantes. Elles ont, depuis, volé en éclats. Au mois de mars, le jour même du retour à l’école des filles de plus de 12 ans, promis par les islamistes afghans, les chefs religieux, dont le mollah Akhundzada, ordonnaient au gouvernement de faire volte-face.

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