Elections législatives au Danemark : le bloc de gauche de la première ministre en passe de perdre sa majorité

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Mette Frederiksen va-t-elle pouvoir rester première ministre du Danemark ? Selon des projections basées sur des résultats partiels mardi 1er novembre, le bloc de gauche emmené par la sociale-démocrate est arrivé en tête des élections législatives, mais avec seulement de 84 à 85 sièges, il n’apparaît pas en position de réunir une majorité. En troisième position derrière le bloc réunissant droite et extrême droite (74 ou 75 sièges), les centristes pourraient jouer les arbitres.

D’après les estimations diffusées par les télévisions publiques DR et TV2, le nouveau parti centriste des Modérés de l’ancien premier ministre Lars Lokke Rasmussen rassemblerait de 16 ou 17 sièges sur les 179 que compte le Parlement danois. « Ce n’est pas rouge ou bleu, c’est le bon sens », a affirmé M. Lokke Rasmussen au soir de son succès, promettant de « construire des ponts ».

Le leader du parti centriste les Modérés, Lars Lokke Rasmussen, vote aux législatives, à Copenhague, le 1er novembre 2022.

« La première ministre veut un gouvernement large, parce qu’elle veut être première ministre à nouveau. C’est possible, mais ce dont nous sommes sûrs, c’est que le Danemark doit avoir un nouveau gouvernement », a ajouté celui qui signe un retour remarqué après avoir été deux fois premier ministre (2009-2011 et 2015-2019). Crédité d’à peine 2 % des intentions de vote il y a deux mois, sa formation dépasserait finalement les 9 %, après avoir refusé durant la campagne de s’affilier à un des deux blocs traditionnels.

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L’absence de majorité claire promet de longues négociations et une possible recomposition de la vie politique danoise, après des appels de Mme Frederiksen vers le centre et la droite dès le début de campagne. En l’état actuel, une reconduction de la dirigeante sociale-démocrate apparaît comme l’option la plus probable mais l’émergence d’un nouveau premier ministre centriste voire de droite ne peut être exclue.

« Crise des visons »

Les sociaux-démocrates réaliseraient une bonne élection avec environ 28 % des voix, contre 25,9 % lors du scrutin précédent en 2019. Si les résultats se confirment, « nous faisons face à une situation difficile pour les futures négociations », a résumé pour l’Agence France-Presse (AFP) Thorkild Holmboe-Hay, un cadre du parti social-démocrate. « En surface, il semble qu’il y ait des sujets où l’on puisse faire des compromis mais il faut faire très attention dans les discussions avec M. Lokke Rasmussen, qui est un habile tacticien. »

L’outre-mer (Groenland et îles Féroé), qui devrait donner trois sièges à la gauche et un à la droite, pourrait aussi s’avérer crucial.

Le scrutin anticipé a été provoqué par la « crise des visons » : un parti soutien du gouvernement avait menacé de le faire tomber s’il ne convoquait pas des élections pour s’assurer de la confiance des électeurs après la décision, ensuite déclarée illégale, d’abattre l’immense cheptel de visons du pays pour lutter contre le coronavirus.

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L’inflation au plus haut depuis quarante ans, les prix élevés de l’énergie et le système de santé avaient dominé le scrutin.

Recomposition à l’extrême droite

Dans un pays champion de la rigueur migratoire depuis plus de vingt ans, y compris au sein du parti social démocrate de Mme Frederiksen, l’élection a aussi été marquée par un chamboule-tout au sein des formations de droite populistes anti-immigration, divisées en trois partis rivaux.

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Le longtemps influent parti du Peuple danois (DF), qui caracolait au-dessus des 20 % il y a quelques années encore, chute autour de 2,5 à 2,9 %, son plus mauvais résultat depuis son entrée au Parlement en 1998. C’est un nouveau parti fondé par l’ancienne ministre de l’immigration, Inger Stojberg, les Démocrates du Danemark, qui raflerait la mise avec 9,4 % et 17 mandats. Depuis la fin des années 1990, l’extrême droite a une influence importante sur la politique danoise.

La participation électorale est traditionnellement élevée au Danemark. En 2019, 84,6 % des quelque 4,2 millions d’électeurs s’étaient déplacés pour aller voter.

Le Monde avec AFP

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