Dans le nord du Liban, des infrastructures défaillantes aggravent l’épidémie de choléra

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Gharida Ajaj est en convalescence. A la mi-octobre, la jeune femme a été prise de « vomissements et de fortes douleurs. J’avais bu de l’eau lors d’une visite chez de la famille. J’ai tout de suite pensé que j’avais le choléra. J’ai eu peur, car des gens en sont morts dans notre région », raconte l’étudiante de 21 ans, sur la terrasse de l’immeuble où elle vit avec ses parents dans le centre de Bebnine. C’est dans cette localité du district pauvre de l’Akkar, dans le nord du Liban, que la maladie diarrhéique aiguë est apparue début octobre, dans la foulée de l’épidémie qui sévit en Syrie depuis le mois d’août.

Une patiente reçoit un traitement au sous-sol d’un centre médical où sont traités les patients présentant des symptômes du choléra, à Bebnine, dans le nord du Liban, mardi 1er novembre 2022.

Les habitants de Bebnine ont toutes les raisons de se sentir menacés : la petite ville plantée sur une colline escarpée, où vivent Libanais et réfugiés syriens, compte le plus grand nombre de cas confirmés d’infection, sur les 400 recensés au Liban ; 18 personnes sont mortes dans le pays, où les cas suspects se chiffrent à plus de 1 400. Le sentiment de marginalisation, ancien au Akkar, est renforcé : les infrastructures sont totalement défaillantes.

Khaldiya, la mère de Gharida, tempête face à cette dégradation. Les poubelles s’amoncellent dans les rues. « Elles ne sont plus ramassées régulièrement. Evidemment qu’il va y avoir des maladies ! », s’exclame-t-elle. Dans une rue en pente, un pick-up chargé de détritus en laisse tomber en route. La cage d’escalier qui mène à l’appartement des Ajaj est plongée dans le noir. « Nous n’avons plus d’électricité publique depuis trois ou quatre mois. Notre eau ne vient pas de l’Etat, mais d’une source de Bebnine : il faut faire marcher le générateur, et donc pouvoir acheter de l’essence, pour que la pompe fonctionne », ajoute-t-elle. Sur la terrasse de l’immeuble voisin, des femmes se disputent pour remplir les citernes.

Canal d’irrigation pollué

L’agriculteur Ahmad Ajaj près du filtre à eau qu’il a installé pour l’arrosage de ses légumes à Haryk, près de la ville de Bebnine, dans le nord du Liban, mardi 1er novembre 2022.
Le cousin d’Ahmad Ajaj et son employé réparent les tuyaux avant d’arroser les légumes qu’ils ont plantés dans le village de Haryk, près de la ville de Bebnine, au Akkar, au nord du Liban, le 1er novembre 2022. Ahmad Ajaj et son cousin ont installé un filtre à eau qui nettoie l’eau avant d’arroser.
L’une des serres d’Ahmad Ajaj, agriculteur à Haryk, près de la ville de Bebnine, mardi 1er novembre 2022.

Le panorama est étendu, de la mer à la montagne. En direction de la côte, on aperçoit des serres agricoles. C’est là qu’Ahmad Ajaj, le père de Gharida, a ses champs. Des courgettes, en cette saison, et de la menthe. « Le canal d’irrigation qui traverse Bebnine est pollué, des déchets sont jetés. Quand l’eau arrive ici, elle est contaminée. Et des eaux usées s’y déversent », fulmine-t-il en montrant les tuyaux. « Pour sortir de la psychose, il faut que les autorités analysent les sources d’eau à Bebnine et les poubelles, et prennent des mesures ! », exhorte l’agriculteur. Il filtre l’eau qui irrigue ses champs. D’autres paysans n’ont pas fait cet investissement. Ahmad Ajaj redoute que la production locale soit stigmatisée en raison de l’épidémie.

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